[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 10

Bonsoir tout le monde,

Voici le chapitre 10. C’est donc le dernier chapitre que je vous offre de lire gratuitement travers mon blog. À compter de ce soir, il vous faudra patienter jusqu’à la mise à disposition de mon roman sur une plateforme d’édition, ce dont je vous tiendrai au courant à travers un billet à part entière.

J’espère que ce début d’histoire vous a plu. Et je souhaite de tout mon coeur qu’il vous ait donné envie d’en savoir plus quand « Après la vie » sera disponible à la vente.

Vous pouvez d’ores et déjà me laisser un message en commentaire afin d’être prévenu.e en priorité de la sortie de mon roman.

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture et une excellente soirée.

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 10 – LA DÉSILLUSION

La mère de Mathi s’appelait Corinne. C’était une femme douce et gentille, entièrement dévouée à sa famille et notamment à l’éducation de ses filles, Céline, Alice et Mathilde. Elle leur avait tout donné, tout ce qu’elle n’avait pas reçue étant petite et qu’elle avait à cœur de compenser à travers ses propres enfants. Elle leur avait permis de s’épanouir dans de multiples activités, de fréquenter des écoles privées, de voyager avec elle et son mari aussi souvent et aussi loin qu’ils le pouvaient. Elle aurait pu leur offrir le monde qu’elle l’aurait fait. Puis, les deux filles aînées, sans doute un peu à l’étroit dans cette vie pensée et créée pour elles, à l’image de ce que Corinne s’était forgée d’une enfance heureuse, avaient finalement quitté le nid, chacune leur tour, dès leur majorité. Elles étaient parties poursuivre leurs études respectivement à Reims pour l’une et à Bordeaux pour l’autre. Elles voulaient prendre leur indépendance et vivre leurs propres expériences loin de cette maman omniprésente, mais surtout très envahissante, qui les empêchait, inconsciemment, de se réaliser et découvrir qui elles voulaient devenir. Corinne en avait été très éprouvée mais avait trouvé du réconfort auprès de Mathi qui, elle, était restée une fois sa majorité acquise. Un réconfort écourté au bout de quelques années en raison d’un accident de la route qui coûta la vie à cette enfant chérie. À cette fille dans laquelle elle avait finalement placé tous ses espoirs et tous ses rêves de vie qu’elle-même n’avait pas eu le courage d’entreprendre par manque de moyens et de confiance aussi. Et bien sûr, elle s’effondra complètement sur elle-même, déconnectée de tout et de tout le monde. Sa dépression fut telle qu’elle perdit le lien avec son mari. Un mari, déjà affaibli par le deuil de sa petite dernière, qui ne parvint pas à puiser les ressources suffisantes en lui pour aller chercher sa femme au fond de l’abîme dans lequel elle s’était laissée tomber. Dans lequel elle s’était perdue et abandonnée. 

Mathi me raconta alors comment sa mère, conseillée par une voisine un peu spéciale, alla consulter un médium soi-disant « génial », nommé Nathaniel. Nathaniel reçut donc Corinne dans un petit cabinet froid et obscur du dix-neuvième arrondissement de Paris, à peine un an après son tragique accident. Elle lui donna un bracelet fantaisie ayant appartenu à Mathi afin de lui permettre de la contacter plus facilement dans l’au-delà. Rapidement, tout en palpant le bracelet, il demanda à Mathi de venir le rejoindre afin de communiquer avec sa maman. 

  • J’étais déjà là, tu penses bien vu que je la suivais un peu partout dans ses déplacements. 
  • Et, il ne t’avait pas vue ?
  • Non ! Car c’était un médium de claire-audience… C’est-à-dire qu’il entend les défunts mais ne les voit pas.

Le « téléphone » avait donc réussi à capter sa voix. Au début, il avait un peu près bien retransmis toutes les réponses qu’elle lui avait données aux questions que sa mère posait. Des réponses qui avaient bien entendu rassuré Corinne sur l’identité de sa fille et les talents de Nathaniel. Puis, il avait bifurqué sur un prétendu problème auquel Mathi devait se confronter de son côté. Il avait persuadé sa mère qu’elle était prisonnière entre deux plans ; le plan « terrestre » et le plan « astral ». Et que la raison principale de ce blocage reposait sur le fait qu’elle était partie bien trop tôt avant son heure réelle. Il avait ajouté qu’elle devrait donc bientôt revenir sous la forme d’un nouveau-né proche de l’entourage de Corinne et que cette dernière la reconnaîtrait en temps utile car elle devrait s’en occuper. 

  • Ce salop a complètement détruit le peu de raison qui restait chez ma mère ! Attends qu’il passe de notre côté et tu vas voir l’accueil que je vais lui réserver. Puis, ce n’est pas comme si, ici, on n’avait pas l’éternité pour se défouler, hein ! Je vais lui en faire baver.
  • Mais…Qu’est-ce qui s’est passé ? 
  • Ce qui s’est passé ? Il s’est passé que dans l’immeuble où vit ma mère, une jeune femme qui lui rendait de menus services de temps en temps est devenue maman. Forcément, ma mère a fait une fixette sur son enfant au point qu’elle suivait tous les faits et gestes de cette dernière et de sa fille jusqu’à connaître son emploi du temps par cœur. Et voilà qu’un jour pendant que cette dernière était en train de discuter au parc avec une connaissance, la petite, qui commençait à peine à marcher, s’est éloignée de quelques pas. Ma mère, qui était assise sur un banc à côté en faisant semblant de lire un magazine, en a profité pour attraper la gamine dans ses bras et s’enfuir avec elle à toutes jambes sous le nez d’une dizaine de témoins. 
  • Waouh ! C’est chaud ton histoire. C’est super grave d’enlever un enfant ! Et la police a retrouvé la petite ?

Mathi haussa les épaules.

  • Évidemment. Ma mère n’est pas une experte en enlèvement. Elle a juste pété un plomb ! D’ailleurs, elle n’a même pas été en prison. Elle a fini dans un asile, entourée de déglingués, pendant plus d’une année. Ensuite, elle a été autorisée à ressortir avec l’obligation de s’enfiler une pelletée de cachetons et sous la surveillance d’une assistante sociale et d’une infirmière ! 
  • Bon sang, ça doit être horrible pour toi d’avoir vu tout ça sans pouvoir l’aider.
  • Oui… Mais c’est « la vie ». Moi je suis morte. Je ne peux rien faire. 

Le pire, selon elle, était que ses sœurs n’avaient même pas pris la peine de venir soutenir leur mère. Elles étaient toutes deux restées bien au chaud, planquées dans leurs facs, pendant que son père s’était essoufflé à surmonter sa peine tout en continuant à bosser comme un damné pour tenir à flot son ménage qui était en train de sombrer. Elles avaient carrément tourné le dos à cette mère qu’elles devaient considérer comme « cinglée » et qui allait terminer sa vie seule et désœuvrée au point que Mathi redoutait qu’elle finisse dans la rue à errer en recherchant une petite fille à aimer.

  • Voilà pourquoi je préfère me tenir à distance des « téléphones » ! Tu comprends ?

J’avais compris le message, en effet. Finalement, mieux valait ne pas chercher l’aide d’un intermédiaire. Il était sans nul doute préférable de se débrouiller seul et de rester attentif à son entourage. Je repensai alors à Seb et me décidai à le retrouver vaille que vaille pour tirer au clair les raisons de son absence à mes funérailles.

(Suite prochainement disponible sur une plateforme d’édition en ligne.)

NB : Un très grand MERCI à vous tous et toutes qui m’avez déjà adressé vos likes, vos compliments et vos encouragements en privé ou sur mes réseaux sociaux. ❤

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 8

Bonsoir tout le monde,

Voici le chapitre 8. Je compte publier encore quelques chapitres (entre 2 et 4… je vais voir) et, ensuite, je vous indiquerai la plateforme sur laquelle vous pourrez trouver mon roman complet. 😉

En attendant, profitez donc encore un peu de l’aventure et de la découverte du personnage de Mathilde alias Mathi. Bonne lecture ! ❤

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 8 – LA PROFESSEURE

Tous les gens présents à mes funérailles étaient partis chez mes parents afin de profiter du buffet qu’ils avaient préparé. J’étais toujours au même endroit, planté sur le petit parking un peu plus haut dans la rue en face du cimetière, à discuter avec Mathi quand je réalisai tout à coup que nous étions seuls et que j’allais devoir rentrer à pied si je voulais terminer cette journée en compagnie de mes proches et de toutes ces personnes qui avaient fait le déplacement exprès pour moi et pour mes parents. C’est à cet instant précis que Mathi me donna ma première leçon. Une leçon de « téléportation ».

Pour bien faire, elle me demanda d’abord de faire le vide dans mes pensées. Elle me dit qu’il fallait que je me calme et de ressentir mon environnement comme si la matière n’avait plus corps et que tout n’était plus qu’énergie. Elle m’encouragea ensuite à sentir les vibrations qui émanaient de chaque chose. Elle me demanda de focaliser mon attention sur ces vibrations et de trouver les courants qui les reliaient. Elle m’encouragea à ressentir la force des courants qui circulent entre chacune de ces vibrations, chacune de ces lignes. Elle saisit ma main et me commanda alors de suivre l’un de ces courants et de me laisser porter comme si je me faisais aspirer. A ce moment précis, j’eus l’impression que tout autour de moi ralentissait et que j’étais capable de percevoir au-delà de la matière. Il me semblait que j’étais arrivé à l’état de particules qui étaient capables de se fondre avec les autres particules de l’air, du sol, de la terre et même de la pierre. Puis, Mathi m’ordonna de visualiser la maison de mes parents et de m’y projeter comme si j’y étais. Et alors que tout ce qui m’entourait ne formait plus que des lignes d’énergie mues par des forces de différentes intensités, je vis au loin le jardin de mes parents se dessiner très nettement sous mes yeux pour devenir de plus en plus proche et précis. C’était comme si je traversais un tunnel recouvert de néons fins et lumineux, disposés en pointillés serrés les uns contre les autres, tout autour de cet incroyable puit de lumière. Un tunnel au bout duquel j’atterris dans le jardin de mes parents qui venaient juste de sortir de la voiture. Une expérience unique, incroyable, phénoménale qui me chamboula complètement et qui me laissa pantois, le temps de réaliser ce qui venait de se passer, sous le regard attendri de Mathi. 

Je savais voyager dans l’espace en un minimum de temps. J’étais capable de me téléporter du cimetière à la maison de mes parents. C’était fou ! Un vrai truc de malade ! Je ressentis alors une excitation phénoménale. 

  • YOUHOU ! YES !!
  • Eh ! Tranquille le bleu… On se détend. Ok ?
  • Mais, je viens de me téléporter là ! T’as vu ça ?
  • Oui, oui, j’ai vu. Mais tu verras que bientôt ça te semblera d’une banalité affligeante.
  • Tu rigoles ! J’ai des supers pouvoirs ! Je suis un… Je suis une sorte de…
  • Fantôme ? Esprit ? Spectre ? T’as le choix. Mais oui, c’est bien ça.
  • En fait, j’allais plutôt dire un « super-héros ».

Mathi fit redescendre un peu mon enthousiasme. Puis, elle regarda autour d’elle et fixa un groupe de personnes qui discutaient près de l’entrée de la maison. De mon côté, je repérai ma bande de potes et Fanny qui s’avançaient dans le jardin vers une table et des chaises disposées tout autour. Ils se posèrent là tandis que les filles se dirigèrent vers la maison sans doute pour aller se rafraîchir, à l’exception de Fanny qui préféra s’asseoir.

  • Mathi ! Viens, je vais te présenter mes potes !

Nous nous dirigeâmes dans leur direction quand je remarquai que Mathi semblait troublée. Elle jetait des coups d’œil incessants au même groupe que tout à l’heure ou plutôt à quelqu’un…

  • Oh ! T’es toujours avec moi ? 
  • Hein ? Heu… oui ! Pardon. Donc, ce sont tes potes !
  • Oui, ma bande de « précieux » comme j’aime à les appeler.
  • Ah, sympa ! 
  • Et la belle rousse avec les yeux verts, juste là, c’est ma chérie. Fanny.
  • C’était ! Tu veux dire…
  • Oh, mais t’es une vraie rabat-joie, toi ? Ça fait dix jours à peine que je suis décédé et aujourd’hui c’est MA journée d’enterrement ! Alors, tu permets que je digère un peu ? 
  • Rolala, c’est bon, pardon ! J’comprends tu sais, mais le plus tôt tu te feras une raison, le mieux tu te porteras. Crois-moi.
  • Mais ouais, c’est ça… Ça fait quinze ans pour toi. Alors, t’as eu le temps de t’y faire. Moi pas. 

Mathi commençait un peu à m’agacer. Pour quelqu’un qui voulait m’apprendre à bien vivre la mort, elle pouvait repasser. Elle était aussi délicate et prévenante qu’un moissonneuse batteuse au milieu d’un champ de blé. Mais, j’avais besoin d’elle et de son expérience pour apprendre les rudiments du « parfait petit revenant ».

  • Et puis, tu fixes qui depuis tout à l’heure ?
  • Quoi ?
  • Bah oui, t’as toujours la tête tournée vers ce groupe de personnes là-bas… 
  • Pas du tout ! 
  • Mais dis-moi ? Tu ne serais pas en train de me cacher quelque chose, toi ? Voyons voir si je reconnais toutes les personnes de ce groupe… Il y a mon oncle, ma tante, ma belle-sœur et mon frère, mon père, le curé… C’est le curé ?
  • Pfff ! Et pourquoi, je fixerais le curé ?
  • Je ne sais pas moi. Peut-être que tu le connais…
  • C’est bon, lâche-moi, ok !

Je venais de toucher un point sensible mais je voyais bien qu’elle ne me dirait rien. Elle s’était raidie tout d’un coup et je la sentais plus distante. Je changeais alors de sujet et décidai de lui présenter chacun de mes amis. Des présentations à sens unique qui me firent un drôle d’effet. Mais, une introduction pour Mathi dans mon cercle intime qui allait détendre l’atmosphère et peut-être faciliter nos rapports.

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 7

Bonsoir tout le monde,

Voici le chapitre 7. Dans ce chapitre, je vous présente enfin le deuxième personnage principal de mon roman « Après la vie ». Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais laisser seul ce pauvre Leonardo ! 😉

J’espère que ce personnage vous plaira autant que le récit. Je serai d’ailleurs ravie que vous puissiez me donner votre avis dans les commentaires.

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture ! C’est parti, on avance dans l’aventure.

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 7 – SÉBASTIEN

Arrivés au cimetière de Vaucresson, on mit mon cercueil en terre sous un ciel plutôt clair. Le type des pompes funèbres proposa aux gens de prendre une poignée de pétales de roses déposées à côté, dans un grand panier, et de passer devant ma tombe afin de les répandre sur mon cercueil. L’un après l’autre, chacun jeta une poignée de ces pétales rouges, jaunes et rosés dans ma tombe avec une grande déférence. S’en suivit une minute de silence en signe d’ultime recueillement. Puis, mon père prit la parole afin de rappeler aux personnes présentes qu’elles étaient conviées à venir se rafraîchir et se restaurer autour d’un buffet organisé dans le jardin de leur propriété. Je demeurai sur place, quelques minutes, seul face à ma tombe tandis que les gens s’éloignaient. Tout s’était très bien déroulé à l’exception seule de Seb qui n’était pas venu et auquel je ne pouvais plus m’empêcher de penser. Même Thomas, qui avait tenté une nouvelle fois de se rapprocher de Fanny, qui lui avait gentiment signifié qu’elle n’était pas d’humeur, ne suffisait plus à détacher mes pensées de mon meilleur ami.

Sébastien était, en effet, mon meilleur pote depuis une douzaine d’années. Nous nous étions rencontrés sur les bancs du lycée alors que nous n’étions pas dans la même classe. J’étais en filière scientifique tandis que lui prenait le chemin d’un bac littéraire. Rien ne nous prédestinait à devenir les meilleurs amis du monde si ce n’était notre goût immodéré pour le café qui allait bientôt nous rapprocher. Nous passions toutes nos pauses autour de la seule machine à café du lycée. Aussi, le jour où celle-ci tomba en panne et alors que je commençais à m’agiter de savoir que j’allais passer une journée entière sans mes quatre doses habituelles, Sébastien qui attendait derrière moi dit aux cinq ou six personnes, qui faisaient la queue derrière lui, qu’il préférait sécher un cours et aller boire un café en ville plutôt que de moisir dans ce bahut sans une goutte de caféine dans les veines pour tenir le rythme. Et il partit avec son sac à dos sur l’épaule en direction de la sortie. Personne ne le suivit. Enfin, personne sauf moi. Il me fallait au moins un café alors tant pis pour le cours d’Histoire de Monsieur Novak. De toute manière, je n’en avais rien à faire de ce cours. Puis le prof était nul. 

Je le rattrapai avant de passer la porte de sortie et me présentai à lui. Il me toisa bizarrement car il savait que j’étais en première S. Les matheux ne se mélangeaient jamais avec les littéraires et je vis bien qu’il se demandait ce que je faisais là à vouloir partager un café avec lui. Il me répondit qu’il s’appelait « Sébastien ». Et pendant que nous marchions jusqu’au bistrot le plus proche, je lui racontais que j’étais un inconditionnel du café depuis que ma mère, accroc au ristretto, m’en avait fait goûté l’an passé. Je lui avouai que si je n’avais pas ma dose quotidienne, je devenais irascible avec des coups de barre à n’en plus finir. Et je tentais ainsi de briser la glace en lui énumérant mes autres passions culinaires, cinématographiques, musicales et sportives. Mais lui ne disait rien. Il m’écoutait et me jetait des coups d’œil en biais jusqu’à ce qu’il ait enfin bu sa première gorgée. Nous étions installés au comptoir d’un bistrot du quartier quand il dit enfin qu’il ne partageait aucune de mes passions. Il critiqua sans ménagement mes goûts musicaux et cinématographiques et me dit que je n’y connaissais rien. Et que si je voulais me faire une vraie culture ciné et musicale, il me proposait un décrassage intensif à l’occasion de quelques week-ends chez lui ou ailleurs pour découvrir « le monde ». C’est qu’il était prétentieux le bougre ! Et il ne manquait pas d’aplomb. J’étais curieux de nature et je voulais découvrir ce qui se cachait derrière la belle assurance de ce dandy aux allures de rebelle qui voulait me faire la leçon. J’acceptai donc sa proposition comme un challenge qui allait marquer le début d’une amitié survoltée, mêlée à la fois d’admiration et de dualité. Une amitié cependant forte avec une belle complicité.

Alors que j’étais en pleine interrogation, perdu au milieu de mes pensées, un homme probablement âgé d’une cinquantaine d’années s’adressa à moi pour me demander si je n’avais pas croisé sa femme, une grande brune en robe de soirée. Il était vêtu comme au début du siècle dernier, en costume avec un monocle rangé dans sa pochette avant de veste qui en dépassait à moitié. Il avait les cheveux impeccablement coiffés, gominés et lissés de chaque côté d’une raie nette et bien centrée. Je lui répondis que non et lui demandai depuis quand il était décédé. Il se racla bruyamment la gorge, fit un pas en arrière, me regarda de travers avant de s’éloigner en se retournant pour vérifier que je n’avais pas bougé. Puis, il accéléra le pas et disparut derrière le cyprès situé à côté de l’entrée. Encore un qui n’avait sans doute pas compris qu’il était passé de l’autre côté et qui allait sans doute consacrer son éternité à chercher sa moitié.

Je me hâtai de rejoindre mes parents, Ava et mon frère qui était en train de démarrer la voiture. J’allais monter et m’asseoir dans le véhicule quand je sentis une main se poser sur mon épaule et me retenir en arrière. Je me retournai stupéfait et découvris une jeune femme dont les traits me semblaient familiers. 

  • Leonardo ? C’est bien toi n’est-ce-pas ? Tu es Leonardo ?

Elle était blonde avec les cheveux courts. Elle portait de grands anneaux aux oreilles, un t-shirt court qui lui arrivait au-dessus du nombril et un jean super slim avec des baskets à semelles compensées. Puis, elle me sourit et dis qu’elle était soulagée de croiser enfin le chemin de quelqu’un qu’elle connaissait. Sauf que je n’arrivais pas à me rappeler où je l’avais rencontrée ni qui elle était.

  • Excuse-moi, mais tu es qui ? 
  • C’est moi, Mathilde ! 
  • Mathilde… ?
  • Oui ! Mathi si tu préfères. Je t’ai donné des cours de guitare quand tu avais douze ou treize ans. Et puis, tu as laissé tomber je crois. Enfin, c’est ce que ta mère m’avait dit à l’époque.
  • Mathi ! Oui, je me souviens, Mathi ! Mais, c’est fou ça ! Tu n’as quasiment pas changé. Tu fais même plus jeune que moi.

Mathi m’expliqua qu’elle avait eu un accident de voiture avec sa meilleure amie alors qu’elle était âgée de vingt-et-un ans. Elle seule ne s’en était pas tirée. Elle me dit aussi que depuis ce moment fatidique, elle n’avait jamais quitté le quartier pour rester proche de sa mère qui était tombée dans une profonde et longue dépression à la suite de son décès. Une tragédie selon elle qui avait provoqué le départ de son père qui n’avait pas trouvé la force de surmonter cette épreuve en plus de la perte de sa fille cadette. Ses parents avaient donc divorcé. Et sa mère était toujours en vie mais sous traitements médicamenteux et suivi psy depuis tout ce temps, autrement dit, depuis une quinzaine d’années. 

  • Quinze ans ! Ça fait quinze ans que t’es morte et que t’es toujours dans le quartier ?
  • Eh oui. Mais tu sais le temps, ce n’est pas la même chose que quand t’es vivant. C’est comme pour les déplacements. Tu peux être ici et chez toi en une fraction de seconde… alors tu vois, c’est très relatif…
  • Hein ? En une fraction de seconde ? Mais de quoi tu parles ? 

Elle me sourit et comprit aussitôt que j’étais fraîchement de la partie. Selon elle, je n’avais pas encore découvert mes possibilités car j’étais comme « un jeune premier » qui venait tout juste de débarquer. J’avais donc encore beaucoup de choses à apprendre puis à désapprendre et elle était ravie de pouvoir m’aider. Elle serait donc à nouveau comme une professeure pour un ancien élève, cette fois-ci, plus âgé qu’elle. Enfin, en apparence seulement.

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 6

Bonsoir tout le monde,

Voici le chapitre 6. Les funérailles de mon personnage principal touchent bientôt à leur fin tandis qu’une première intrigue émerge enfin… Quelle est-elle ?

Allez vite la découvrir car, à compter de ce chapitre, la grande aventure commence avec des rencontres intéressantes et des expériences troublantes…

Bonne lecture !

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 6 – TOUT LE MONDE

Elle s’appelait Evelyne et elle était décédée à cinquante-huit ans d’une overdose de somnifères. Elle me raconta que son mari l’avait quittée quelques mois plus tôt pour une femme beaucoup plus jeune qu’elle. Une histoire tout à fait banale selon ses propres dires. Mais qui l’avait démolie car elle avait consacré toute sa vie à cet homme, à prendre soin de lui et de leur relation commune. Elle avait entretenu sa maison afin qu’elle soit le reflet d’un parfait accomplissement de parcours de vie. Qu’elle soit à l’image des ambitions de ce mari parfait en apparence mais volage… Un homme qui ne lui avait rien donné d’autre que son nom et le privilège d’être à sa disposition. Pas un enfant n’était né de cette union. Elle confessa alors qu’elle n’en avait rien retiré de bon. Et même une profonde déception. Puis surtout, elle s’en voulait. Elle se reprochait d’avoir été la complice d’un mariage de façade. Elle regrettait l’énergie et l’entêtement qu’elle avait déployés à son propre détriment. 

  • On est toujours un peu responsable de ses tourments, vous savez. Et ce n’est que lorsque le voile de la vie est levé qu’on se rend compte des choix que nous avions la possibilité de faire et à côté desquels nous sommes passés. 

Je lui demandai ce qu’elle faisait dans cet établissement et s’il y avait une porte de sortie, ou un chemin quelconque vers le paradis. Elle me répondit que ce funérarium appartenait à son amour de jeunesse. Un homme qu’elle aurait dû avoir le courage d’entreprendre de son vivant mais qu’elle avait laissé filé par manque de confiance en elle. Elle m’avoua l’avoir cherché longuement avant de le retrouver. Et qu’elle attendait, chaque jour, de le voir arriver pour superviser les comptes et vérifier le travail des salariés. Elle adorait être juste là, à côté de lui, à s’imaginer la vie qu’ils auraient pu partager. Elle me dit aussi qu’elle n’avait pas trouvé d’autres endroits où aller, qu’aucun « passage » ne s’était ouvert mais qu’elle en avait entendu parler de la part d’un autre défunt croisé à ses propres funérailles. Selon cet homme, on accédait à un autre lieu de « vie » à partir du moment où nous avions franchi un cap sur le deuil de notre propre existence… Puis, son regard se tourna vers ma mère qui suivait un cercueil. Elle me dit que c’était le mien et que je devais à présent me hâter afin de ne pas rater la cérémonie à l’église. Et tandis que je me levai pour rejoindre les autres, elle me lança que j’avais l’air gentil et que c’était dommage que j’aie été arraché aussi tôt à la vie.

Sur le chemin de l’église, assis entre ma mère et Ava, je tentai de rassembler mes idées. Je repensai à Fanny, à ses adieux, et puis à ma cousine Émilie aussi. Cette peste d’Émilie, amoureuse de moi. Non mais elle n’allait vraiment pas bien dans sa tête… Une cinglée, oui ! Comment avait-elle pu s’imaginer avec moi ? Rien que d’y penser, j’en avais la nausée. Il fallait vraiment que ses parents la fassent soigner. J’étais franchement dégoûté…

  • Mais quelle tarée !

Et moi qui était planté à côté de mon corps, désemparé après avoir entendu ma mère, mon père et mon frère me dire tout l’amour qu’ils me portaient. Après avoir écouté ma Fanny me dire adieu, mon âme suspendue à ses lèvres et ses magnifiques yeux verts comme s’ils étaient mon dernier espoir… Vlan ! Voilà l’autre qui gâchait tout ! Je ne savais pas pourquoi, mais je les sentais moins bien ces funérailles tout à coup. Je me trouvai de moins en moins confiant dans la suite des événements.

Marco gara la voiture sur le parking de l’église juste en face du corbillard. Il fut ensuite convié, en même temps que mon père et mon oncle, à porter mon cercueil jusque dans l’église. C’était sympa comme proposition ! Je trouvais cela vraiment touchant. Je suivis le mouvement derrière le cortège que formaient le curé, mon cercueil, ses porteurs, ma mère, Ava, ma tante, ma cousine Émilie, Fanny ainsi que ses parents. Nous pénétrâmes dans l’église et je découvris avec plaisir la foule qui s’était déplacée pour mon enterrement. Je balayai du regard l’assemblée pendant que ma famille et Fanny s’installaient dans les deux premiers rangs. J’y repérai des potes que je n’avais pas vus depuis longtemps. 

  • Whaaa ! C’est cool ça ! Merci d’être venus les gars.

Il y avait même quelques collègues à partir du septième rang. 

  • Non mais j’espère que cet enfoiré de Carl n’a pas suivi le mouvement… Ah non… je ne crois pas. C’est bon, je ne le vois pas. Tu m’étonnes qu’il ne soit pas venu ! Gros naze un jour, gros naze toujours. Eh bien comme ça, au moins, c’est clair. 

Soulagé, je remarquai ensuite tout plein de visages familiers. 

  • Oh ! Mais ce n’est pas possible… ce ne serait pas mes copains d’école, là-bas, au sixième rang ? Tiphaine Gillet, Jérôme Chabert, Claire Dutertre, Antoine et Bruno Fleuret, les jumeaux ! 

C’était très chouette de leur part d’être présents. J’étais super content. 

  • Alors, voyons voir un peu, si je compte bien. Il doit y avoir sept personnes par ligne dans chaque rangée de gauche et de droite, multipliées par cinq, dix, quinze, seize lignes, multipliées par deux rangées, ce qui nous fait donc un peu plus de deux-cent-vingt personnes présentes. Oh, mais ce n’est pas mal ça ! Je suis bon, moi ! La classe, les gars. Plus populaire, j’vois pas. 

Je me trouvai plutôt fier du décompte que je venais de réaliser. Mais, je ne distinguai pas encore les meilleurs. Où étaient donc mes précieux ? 

  • Pas là… Et ici non plus…  Ah, si ! Voilà Camille qui est assise au quatrième rang ! Yes ! Et juste à côté, ça doit être Simon ? Ouiii, t’es là aussi mon pote. Et puis voilà, Audrey, Cédric, Laurence, Frédo… Et naaan ! Thomas ! Pfff, n’importe quoi. Mais qu’est-ce qu’il me gave lui. Un vrai faux-cul de première.  

J’étais contrarié. Revoir ce type à mes funérailles venait salement de me piquer.

  • Alors, ça va mon gars ? T’es content d’être ici ? Tu penses pouvoir réconforter ma Fanny, c’est ça ? T’inquiètes ! Elle ne veut pas de toi. Elle ne t’aime pas et ne t’aimera jamais. Oh, tu peux toujours porter des lunettes de soleil… Ça ne prend pas. Espèce de vautour va ! 

Mais pourquoi, Seb ne l’avait-il pas dégagé de l’église ? Et d’ailleurs, où était Seb ?

  • Seb… Seb… J’te vois pas. Ce n’est pas possible, t’es forcément là. T’es où mon Seb ? Allez, ne te fais pas désirer… Tu n’es pas au troisième rang, ni au second… Ne me dis pas que tu t’es mis dans le fond ? 

J’avançais dans l’allée centrale en scrutant attentivement chaque visage dans les rangées de gauches et de droite alors que la bénédiction avait déjà bien commencé. Quelques prières et discours élogieux s’étaient succédé, mais je ne trouvais pas Seb, autrement dit Sébastien, mon meilleur pote. J’espérai alors qu’il avait eu du retard et qu’il finirait par franchir le seuil de la porte et se précipiter vers un pupitre pour dire, à tout le monde, à quel point il était désolé et complètement effondré. Je voulais qu’il dise à tous qu’il m’aimait, qu’il me considérait comme un frère et que j’étais un mec extraordinaire. Mais plus la bénédiction avançait, plus je désespérais de le voir surgir et me rendre un dernier hommage. En fin de compte, tous mes proches se levèrent et vinrent, tour à tour, bénir mon cercueil avant d’aller se rasseoir et essuyer leurs larmes. Le curé prononça les mots de la fin entre quelques sanglots épars qui pointaient, de temps à autre, au milieu de l’assemblée. Puis, ce fut terminé. On porta de nouveau mon cercueil jusqu’au corbillard pendant que ma mère, mon frère et mon père recevaient des témoignages de sympathie de toute part. Et Seb n’était finalement jamais arrivé. 

J’étais énervé, déconcerté et en même temps inquiet. Mais qu’est ce qui avait bien pu lui arriver ? Mon meilleur pote absent de mon enterrement… Ce n’était pas possible. Alors que je me tenais sur le parvis de l’église, à côté de Fanny, à fustiger du regard Thomas qui faisait mine de ne pas trop la regarder, et qui attendait le bon moment pour s’imposer et venir la coller pour le restant de la journée, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Seb. Je vis alors ma bande de potes s’approcher de Fanny. Audrey la prit dans ses bras en premier. Camille lui posa une main sur l’épaule. Puis Laurence se joignit à elles trois dans la foulée. 

  • Merci les filles, c’est super sympa pour elle et pour moi. Vous êtes des copines en or, je vous adore. 

Cédric lui fit une bise rapide et Frédo lui prit la main qu’il enferma aussitôt dans les siennes avant d’y déposer un baiser d’un air totalement bouleversé. L’un était peu démonstratif et pas très chaleureux tandis que l’autre était un vrai nounours. Mais ces deux là partageaient des qualités communes qui faisaient d’eux des potes géniaux. Ils étaient fiables, sincères et très impliqués en amitié. Puis, il y eut Thomas qui rappliqua à son tour tandis que mon sensible de Simon resta un peu à l’écart. Il regarda Fanny dans les yeux et l’étreignit sans prévenir. Cédric lui tapota gentiment l’épaule histoire de lui faire lâcher prise et de permettre à Fanny, qui semblait figée, de respirer un peu. Thomas la lâcha à contre cœur non sans lui avoir claqué une bise « dégueulasse » sur le front !

  • Allez, dégage la ventouse ! T’as pas honte de te jeter comme ça sur elle à mon enterrement ? Pauvre tache ! Mais vas-y dégage !

Tandis que Cédric, qui étaient plutôt costaud, attrapa Thomas pour l’éloigner un peu, je restai à côté de mes potes pour écouter leurs conversations et tenter de savoir ce qui était arrivé à Seb. Audrey demanda à Fanny si elle voulait s’asseoir quelques minutes dans la voiture avant de partir pour le cimetière mais Fanny refusa. Laurence donna un mouchoir à Camille qui ne pouvait s’empêcher de pleurer dès qu’elle regardait dans la direction de mes parents. Frédo la prit dans ses bras au moment où Simon approcha. Et c’est Fanny qui fit le premier pas vers lui pour l’embrasser sur la joue. Simon resta muet tant il était ébranlé par la situation et la douceur de Fanny. Puis un long silence chargé de peine se répandit entre mes amis. Un silence brisé, quelques minutes plus tard par un employé des pompes funèbres qui invita les personnes présentes à reprendre leur véhicule pour suivre le corbillard jusqu’au cimetière.

(à suivre…)