[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 4

Bonsoir à toutes et tous,

Voici le 4e chapitre de mon roman « Après la vie ». Je profite de cette publication pour vous montrer une ébauche de couverture que j’ai voulue à la fois sombre et lumineuse… La lumière au milieu de l’obscurité. Je pense que cette couverture fonctionnera bien avec la fin de mon histoire… vous verrez. Et puis, un feu d’artifice c’est aussi un spectacle de lumières beau et de joyeux que l’on regarde à plusieurs, qui nous lie et nous procure une étincelle de bonheur. 😉

Bonne soirée et bonne lecture.

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 4 – LES PRÉPARATIFS

Nous étions à la veille de mes funérailles. Cela faisait quatre jours que j’étais chez mes parents. J’avais entendu ma mère et mon père passer tous les coups de fil au funérarium, au journal local, au traiteur, aux amis, à la famille, à la gardienne de mon immeuble, au fleuriste et plus encore. Mon frère devait bientôt arriver avec sa jeune épouse. J’avais hâte de le voir. « Sacré Marco ! Et dire qu’il s’était casé avant moi alors que c’était le plus instable de nous deux. Je devais me l’avouer à moi-même, j’étais légèrement envieux. J’avais vu la voisine aussi et puis la femme de ménage… Toutes deux avaient proposé à ma mère de l’aider pour des courses ou des formalités. Mais cette dernière avait poliment refusé. Ma mère et sa fierté légendaire, c’était toute une histoire. Une italienne qui n’avait pas que le nom de son lieu de naissance marqué sur sa carte d’identité. Une romaine qui portait ses origines jusque dans ses veines, dans son âme même. Toujours très droite, le port de tête haute, le style vestimentaire soigné, un brin sophistiqué, les cheveux impeccablement attachés et un caractère bien trempé, ma mère ne laissait jamais personne indifférent. Soit on l’admirait, soit on l’enviait. Mais surtout, on la respectait. 

Il y avait aussi Titus, notre vieux crouton de chat, glouton et paresseux. Eh bien, il me voyait, lui ! Ce n’était pas banal ça. Il me fixait avec une intensité telle que cela en devenait presque insupportable. J’avais donc essayé de le titiller pour le faire miauler en la présence de mes parents, pour communiquer avec eux, leur indiquer ma présence… Mais cet idiot de Titus avait, à peine, sourcillé. Et, quand la nuit venue, mes parents étaient allés se coucher, il était resté près de moi tout le temps, me suivant partout dans la maison et miaulant à chaque fois que je décidai de changer d’endroit.

  • Abruti de chat !

Franchement, si les chats nous voyaient, nous autres les morts, je me demandais bien pourquoi. Et surtout, à quoi il servait, celui-là. Puis, chose assez drôle, j’avais revu Clarisse ! La vieille bonne femme qui habitait en face de chez mes parents et qui était morte l’an dernier. Depuis son décès, j’avais cru comprendre que ses héritiers se disputaient sa maison. En attendant, elle errait toute seule dans le quartier à la recherche de son petit chien qui avait été confié aux bons soins d’une de ses amies d’après la rumeur. Elle n’avait pas fini de le chercher, la pauvre ! J’avais pourtant essayé de lui dire qu’elle était morte tout comme moi. Et qu’elle devait abandonner l’idée de retrouver sa petite bête… Elle m’avait carrément engueulé ! Elle m’avait traité de vaurien et m’avait invité à déballer mes sornettes aux gens débiles que je fréquentais. Puis, elle avait poursuivi son chemin. Pauvre femme… Ou pas si pauvre après tout ! Je me demandais, en effet, si ce n’était pas mieux de ne pas savoir qu’on était mort. Moi j’avais compris que c’était fini et depuis je n’avais de cesse que de m’interroger sur le sens de tout ceci.

Mon frère était en train de se garer dans l’allée. Ma mère et mon père l’attendaient sur le perron. Marco, frérot ! J’étais impatient de le revoir à nouveau. Sa femme, Ava, sortit de la voiture suivie de près par mon frère. Ils avaient grises mines tous les deux. Ma mère embrassa mon frère en premier et ce dernier la serra dans ses bras les yeux remplis de larmes. Mon père embrassa Ava. Malgré ses yeux rougis, je la trouvai plus jolie que le jour de leur mariage. Sacré Marco ! C’est qu’il avait bon goût le bougre ! Presque autant que moi. Parce que ma Fanny, elle, c’était le genre de beauté qui vous laissait le souffle coupé. Bordélique ma Fanny, mais belle à tomber. En pensant cela, je sentis le manque et son souvenir s’emparer de moi.

Ils rentrèrent dans la maison. Ma mère leur proposa d’aller s’installer dans la chambre de mon frère pendant qu’elle irait préparer le café. L’ambiance n’était pas aussi joyeuse que ce que j’avais espéré comme au temps des retrouvailles pour nos anniversaires ou les fêtes de fin d’années. Qu’est-ce que je croyais ! Ils venaient pour mes funérailles et non pas pour se raconter des blagues autour d’une tasse de thé. Je réalisais alors à quel point mon décès avait tout changé. Ma famille ne serait plus jamais la même désormais. 

Marco redescendit le premier. Il alla rejoindre mes parents attablés dans la salle à manger. Ma mère lui servit une tasse de café et mon père lui demanda s’ils avaient bien voyagé. Mon frère habitait Lausanne avec sa femme qui était suisse d’ailleurs. Ils louaient un petit appartement coquet dans le quartier de la cathédrale non loin de l’appartement des parents d’Ava. Ils étaient heureux d’après les dernières nouvelles que ma mère m’avait données d’eux. Ils voyageaient ensemble souvent et mordaient la vie à pleines dents. C’était bien. J’étais content pour eux. Marco répondit à mon père que tout s’était bien passé. Et puis, un silence lourd et chargé s’installa au milieu d’eux. Marco voulut rompre le silence en parlant le premier. Mais au lieu de cela, il laissa échapper un sanglot bruyant et incontrôlé. Entre deux respirations, il réussit, quand même, à prononcer quelques mots.

  • Je n’y arrive pas, désolé. Je n’arrive pas à l’accepter.

Ma mère et mon père lui prirent, chacun, une main. Et ma mère sanglota à son tour. Mon père alla chercher une boîte de mouchoirs et leur en distribua tour à tour. Puis, il commença à expliquer le déroulement de la journée de mon enterrement. Ma mère demanda à mon frère s’il pourrait rester à leur côté tout le temps. Elle lui parla des personnes de la famille qui seraient présentes, de leurs amis, de Fanny et de sa famille aussi. Elle demanda à mon frère s’il avait pu contacter tous mes amis. Marco lui répondit qu’il avait annoncé mon décès ainsi que mes funérailles sur ma page Weblook considérant que tous mes potes y étaient connectés. Et, il avait raison le frérot. L’information avait ainsi vite circulé. D’après Marco, il y avait beaucoup de gens qui s’étaient exprimés sur ma page et qui avaient répondu présents pour le jour de mon enterrement. Il sortit son mobile de sa poche arrière de jean et montra à mon père les multiples commentaires que mes contacts avaient postés sur mon compte. C’était une agréable surprise pour moi que de découvrir les posts de tous ces gens. J’étais assez satisfait de constater que mon décès avait suscité autant de délicates attentions. Je commençais à compter les messages par-dessus l’épaule de mon frère, quand mon père l’interrogea.

  • Qu’est-ce que ça veut dire « rip » ?
  • Rest in Peace, papa ! Repose en paix, si tu préfères.
  • Ah ! Mais pourquoi ces personnes lui écrivent en anglais ?
  • C’est du langage communautaire papa. Faut pas chercher à comprendre. On dit comme ça sur Internet.

Mon père semblait dubitatif mais il acquiesça. 

  • J’ai cru que ces gens faisaient allusion à sa chute dans l’escalier. Que son pied avait « ripé » sur une marche ou quelque chose comme ça. « Rip », ça ne fait pas très solennel. « Rip ! » Quelle drôle d’expression !

Mon frère esquissa enfin un sourire alors qu’Ava faisait son entrée dans la salle à manger. Ma mère lui servit une tasse de café dont elle s’empressa de boire une gorgée. Marco proposa de ne prendre qu’une seule voiture demain et de conduire ainsi tout le monde. Mon père hésita mais finit par accepter. Il sera moins difficile de se garer d’autant plus si le parking est complet. Titus sauta sur la table à ce moment-là et Marco le caressa. Je tentais aussitôt quelques grimaces et gesticulations pour déclencher une réaction de la part du chat mais ce gros idiot de patachon m’ignora. Je commençais alors à désespérer que personne ne sache que j’étais toujours là.

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 3

Bonsoir tout le monde !

Avant de vous livrer le chapitre 3, je voudrais répondre à certain.e.s d’entre vous qui m’ont demandé où et comment se procurer l’intégralité de l’histoire. Alors, je suis en train d’étudier les plateformes d’édition en ligne et n’ai pas encore fait mon choix. Mais dès que j’aurai avancé dans mes démarches, je vous tiendrai au courant. 😉

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture à la découverte de Leonardo et ses proches.

Ah, j’allais oublié… Pour écrire, j’ai besoin de visualiser. Aussi, lorsque j’ai imaginé Leonardo, j’ai pensé à un acteur qui pourrait bien le représenter. Je vous invite à cliquer ici pour découvrir l’heureux élu qui m’a inspirée. 😉

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 3 – LES AUTRES

Ils s’arrêtèrent d’abord aux pompes funèbres. Ils sortirent de la voiture avec mes affaires et partirent les déposer dans une salle que la dame de l’accueil leur avait indiquée. Ma mère lui avait ensuite demandé à me voir. La dame avait donc conduit mes parents jusqu’à la chambre réfrigérée. J’allais enfin retrouver mon corps. Je ne savais pas encore ce que je devais en penser mais la curiosité était tellement forte qu’elle me poussa jusqu’à cette table où l’on m’avait allongé. 

Je me découvris donc mort. Je n’arrivais pas à définir si mon teint était gris ou juste terne. Mais, j’arrivais tout de même à me reconnaître. C’était bizarre comme sensation. J’étais là, debout, bien « vivant » et en même temps, j’étais allongé, immobile et muet. Bonjour l’effet ! On aurait dit que mon corps n’était plus qu’une coquille vide sans chaleur. Ma mère regardait aussi ce corps. Elle n’avait pas l’air bien. Elle alla s’asseoir un peu plus loin et je la vis verser des larmes d’incompréhension et de douleur. Ma petite maman. Si fière et pourtant si fragile à cet instant, devant le corps vide de son enfant. Ce déferlement de peine m’affecta si intensément que je tentai vainement de la réconforter en lui adressant quelques mots. 

  • Mais je suis toujours là, maman ! Ne pleure pas ! Je t’en prie, maman. Ne renonce pas.

Comme chacun s’était un peu éloigné de ma dépouille, je décidai de tenter une expérience. Je montai sur la table et m’allongeai dans la même position que mon corps. J’essayai de me glisser à l’intérieur et de reconnecter « la machine ». C’était bon, j’étais allongé et calé dans la même position. Mais comment fallait-il que je m’y prenne pour rebrancher les circuits, maintenant ? Hein, comment ? Je réfléchis et tentais encore la colère… 

  • Allez Carl, assume donc que t’es qu’un type naze… Hein, espèce de gros naze. Un minable mais bien naze ! Un vrai naze, HYPER NAZE ! 

Bon, ça ne marchait pas. Ça ne devait pas être comme ça. Je me concentrai à nouveau quand une nouvelle idée me traversa l’esprit. C’était avec l’amour que l’on créait la vie, alors ça devait être l’amour le moteur. Je réalisai cela confus et soudainement inspiré. Je tentai alors un nouvel essai.

  • Fanny ma chérie, je t’aimerai toujours, tu sais. Et puis, mes parents aussi. Mon frère aussi. Et puis mes potes ! Enfin, non pas Thomas. Celui-là, c’est le seul qui ne me manquera pas. Et j’aimerai aussi mes futurs neveux ou nièces. Bon sauf, s’ils deviennent des crétins finis comme ma cousine Émilie. Quelle mauvaise, celle-ci ! Et dire qu’elle a volontairement cassé le vase en cristal de ses parents, le jour de ses douze ans, juste pour avoir le plaisir de me voir me faire engueuler à sa place ! Quelle peste ! Raaah ! Mais bon sang, tu vas te connecter toi !

Je n’y arrivais pas. Ça ne marchait pas. Je me rassis mais mon enveloppe terrestre ne bougea pas. De toute façon, vu son état, j’aurais eu l’air de quoi ! D’une espèce de Franckenstein avec les cicatrices en moins ? Ah bah, ça aurait sûrement fini d’achever ma mère, ça tient ! Je décidai donc de laisser tomber et me résignai à abandonner ma dépouille aux mains du personnel de l’établissement. 

  • Salut toi ! C’était bien d’être toi. Trop court, mais bien. Mais, quand même vraiment très court…

Mes parents sortirent de la pièce. Ils échangèrent quelques mots avec la dame de l’accueil qui les avait accompagnés pendant que j’observais une autre famille se diriger vers la chambre réfrigérée suivie de près par un vieux monsieur agité. Celui-ci tentait en vain de leur parler mais aucun des membres de cette famille ne lui répondait. Il pestait, il grondait, mais rien n’y faisait. Et puis, il y avait cette femme en peignoir, assise sur un banc, dans le hall de l’entrée, qui était déjà présente, à notre arrivée. Elle s’était levée et dansait toute seule au son de la musique qui émanait, semble-t-il, d’une salle de recueillement à côté. Il y avait aussi cet adolescent craintif, en blouse d’hôpital, qui se cachait au bout du couloir. Il observait le hall d’entrée comme s’il guettait l’arrivée de quelqu’un. Et dès que je jetai un coup d’œil dans sa direction, il disparaissait dans l’ombre du couloir, sans doute effrayé par la vue d’un étranger qui pouvait le voir. Ils étaient tous les trois morts, c’était sûr. Et peut-être même qu’ils l’ignoraient encore. 

Mes parents remontèrent ensuite dans leur voiture. Je pris place à l’arrière et mon père nous conduisit à la maison que mes parents avaient achetée à Vaucresson lorsque j’avais deux ans, une charmante demeure où mon frère et moi avions vécu toute notre enfance. 

Mon père déposa d’abord ma mère devant la porte de la maison. Il dirigea, ensuite, la voiture vers le garage au bout de l’allée. Je restai avec lui tout en admirant, à travers les vitres du véhicule, les magnifiques fleurs tout juste écloses dans le jardin tout autour. Je le regardai actionner la télécommande qui ouvrait la porte du garage, rentrer la voiture, couper le moteur, serrer le frein à main, retirer la clé et déboucler sa ceinture de sécurité. Puis, il ne bougea plus. Il resta assis, les portes fermées, le regard fixé sur le tableau de bord face à lui. Je m’avançai pour voir ce qu’il regardait mais je ne repérai rien de particulier. Étonné, je me tournai alors vers lui et je compris. Il pleurait.

Nous restâmes dans la voiture au moins pendant vingt bonnes minutes. Vingt longues minutes où je vis mon père pleurer. C’était la deuxième fois que je le voyais dans cet état. La première fois, c’était quand Mamé avait rendu son dernier souffle. Cela m’avait profondément marqué à l’époque. Mon frère et moi n’avions jamais pu oublier ce moment-là. Notre père avait toujours été fort face aux épreuves qui avaient touché notre famille. Le voir aussi ébranlé par la disparition de Mamé, ça nous avait bouleversés. Par pudeur et aussi par respect pour lui, mon frère et moi n’en avions plus jamais parlé. Nous n’avions plus jamais osé prononcer même le nom de « Mamé » en sa présence. Mais cette fois-ci, il s’agissait de moi. Mon père pleurait pour moi. J’étais paralysé, complètement désemparé et je ne pouvais rien faire d’autre que de rester là à attendre. J’attendais qu’il aille mieux. Alors, moi aussi j’irai mieux.

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 2

Bonjour à toutes et tous,

Merci pour le superbe accueil que vous avez réservé au chapitre 1 de mon roman. Comme promis sur les réseaux sociaux, je vous livre aujourd’hui le chapitre 2. En vous souhaitant une bonne découverte et une bonne lecture. 😉

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 2 – MES PROCHES

Dès le lendemain, vers midi, j’entendis quelqu’un tourner la clé dans la serrure de la porte d’entrée de mon trente-cinq mètres carré. Mon « deux pièces », pour être plus précis. Un appartement que j’avais pu acquérir grâce à un petit héritage laissé à mon nom par mes grands-parents. Mon père avait, en effet, perdu ses parents il y a dix ans. Je m’en souvenais encore comme si c’était hier. Mon frère et moi étions les petits-enfants préférés de Mamé et Papé. Sur leur testament, ils nous avaient donc protégés en mettant de côté pour nous une coquette somme d’argent. Mon frère, l’aventurier de la famille, s’était servi de son héritage pour voyager. Et moi, l’aîné, le casanier, j’avais investi dans un logis. J’étais du genre « fourmi ». Je ne supportais pas l’idée de dépenser mon argent dans des futilités. Je voulais faire en sorte qu’il puisse toujours me rapporter. Et puis, j’avais trouvé cet appartement sur le conseil d’un ami et j’avais été très vite conquis. Bien sûr, j’avais dû un peu emprunter pour financer mon achat dans sa totalité, mais cela ne m’avait pas dérangé. Et puis, comme il y avait déjà Fanny dans ma vie, je savais que cet appartement serait un peu comme notre nid. Je souhaitais qu’elle et moi y partagions des moments rien qu’à nous, plutôt que chez sa sœur ou sous le toit de mon ex-colocataire. C’était chouette la vie de couple avec ma Fanny. Il est vrai qu’elle ne rangeait pas grand-chose, mais maintenant que j’étais mort, je me rendais compte que cela me manquait aussi.

  • FANNY ! C’EST TOI, FANNY ! MA CHÉRIE !!

Évidemment, elle ne me voyait pas et ne m’entendait pas non plus. Qu’est-ce que je croyais. Il allait bien falloir que je m’enfonce cette idée dans le crâne : « T’es MORT mon gars ! ». Mais que faisait-elle ici ? 

  • Rolala, tu n’as pas bonne mine, ma chérie. Mais tu pleures… Oh non, ne pleure pas, je t’en prie. Je suis toujours ici. 

Il fallait qu’elle sache que je n’étais pas parti. Il fallait que je trouve rapidement un moyen de lui montrer que j’étais là. J’étais si pressé d’y arriver et j’avais les idées tellement emmêlées que je tentai encore une fois de me fâcher. 

  • Carl est un gros naze ! C’est vraiment le pire des gros nazes ! Mais un GROS NAZE DE CHEZ NAZE !!!

« Pof ! »

  • Bon sang !! Mais c’est quoi ce « pof » ridicule ! FANNY !! JE SUIS LÀ, CHÉRIE !!

Tandis qu’elle regardait cette photo de nous scotchée sur le frigo, prise l’an dernier en vacances à la Trinité-sur-mer, je m’efforçai de faire tomber un objet ou de créer n’importe quel bruit qui pourrait la rassurer et lui indiquer ma présence. Mais, rien ne se produisit. Et elle ne réagit pas non plus au léger bruit du coussin dans lequel je venais de frapper. Je me sentais alors complètement défait, encore pire que dégoûté. J’étais là mais sans aucun pouvoir pour la réconforter. Si seulement, je pouvais lui dire qu’on ne mourrait pas totalement, qu’on était juste différent. Et surtout, qu’on était toujours aux côtés des vivants. 

Elle ramassa ses vêtements dans ma chambre puis les jeta dans une valise qui était posée là, dans un coin, à côté du lit. Elle récupéra sa brosse à dents et ses crèmes entreposées dans la salle de bain. Elle prit aussi notre photo, un de mes t-shirts dans le panier à linge ainsi que mon mug préféré dans l’évier du coin cuisine. Elle regarda une dernière fois autour d’elle, le visage gonflé de larmes. Puis elle déposa sa clef sur l’étagère de ma petite entrée avant de sortir de l’appartement en claquant la porte derrière elle. Je la suivis, ma Fanny, jusqu’en bas de l’immeuble où sa sœur, Zoé, l’attendait dans sa voiture stationnée tout juste en face devant la boulangerie. Sa sœur l’aida à mettre sa valise dans le coffre pendant que Fanny fixait les fenêtres de mon appartement au deuxième étage. Puis, elle la serra fort contre elle avant de la faire asseoir sur le siège passager et de la ramener, probablement, chez elle à Vincennes.  

Quant à moi, je restai là devant mon immeuble. Je n’avais pas pu me résoudre à monter en voiture avec elles. C’était trop dur. C’était comme une rupture sauf que j’aimais encore Fanny et qu’elle m’aimait aussi. J’étais donc figé, bloqué, à la fois résigné, malheureux et très en colère de la voir partir sans pouvoir agir. Alors c’est comme ça, la mort. On voyait tout, on entendait tout, mais on ne pouvait rien faire. Le voile se glisse entre nous et c’est tout ? Je me sentais pas mal dépité. 

J’attendis encore une journée dans mon appartement. Je revis la fillette en robe blanche et lui demandai même son prénom. « Adèle » m’avait-elle répondu. Elle traversa quelques murs de mon appartement et d’autres à mon étage. Elle rit beaucoup et joyeusement. Elle sauta à pieds joints dans le couloir devant ma porte d’entrée. Elle courut aussi dans l’escalier débordante de « vitalité ». Elle me raconta que le bébé de Madame Poncet au premier étage était tout mignon avec elle ! Puis, elle me confia aimer le faire rire et écouter les chansons que sa maman lui chantait pour l’aider à s’endormir. Elle me dit enfin que sa propre maman, son papa et sa grande sœur étaient partis, un jour, sans elle, de leur appartement. Elle ajouta qu’elle ne se souvenait plus du tout où ils étaient allés car elle avait été très affectée par sa maladie et se trouvait donc particulièrement diminuée, le jour de leur départ. Mais elle savait que sa famille l’aimait et, qu’un jour, elle reviendrait la chercher. Alors, le soir, elle remontait dans cet appartement qu’elle occupait, autrefois, avec sa soeur et ses parents et elle les attendait. Elle attendait sa maman.

  • MAMAN !

Ma mère venait justement d’entrer dans mon appartement. Mon père était avec elle également. Ils avaient l’air épuisé, triste, meurtri. Maman se dirigea vers ma chambre à coucher. Elle ouvrit mon placard et jeta un rapide coup d’œil à mon père qui s’était assis sur le canapé. Elle enleva un costume de ma penderie, le bleu marine que je m’étais offert le mois dernier. Elle le regarda de face et de dos et choisit de le poser sur le lit à côté. Elle attrapa ensuite une chemise claire, des chaussettes sombres ainsi qu’une paire de chaussures que j’avais soigneusement cirées et que j’avais récemment fait ressemeler. Elle demanda à mon père de venir l’aider à porter mes affaires et lui annonça qu’ils verraient plus tard pour le courrier. Je les voyais tous les deux, là sous mes yeux, ma mère et mon père, mes piliers de toujours. Je voulais tellement les prendre dans mes bras tour à tour. Mais non. Impossible. Comme Fanny, ils ne me voyaient pas et ne m’entendaient pas. Pour eux, je n’étais pas là. Je ne faisais définitivement plus partie de notre monde.  

Ils quittèrent ensuite mon appartement avec mes affaires sous le bras. Je décidai de les suivre et montai avec eux dans leur voiture. Mes parents, c’est quand même eux qui m’avaient donné la vie. Une connexion, un lien invisible nous unissait sûrement. Avec eux, j’arriverai forcément à trouver un moyen de me faire entendre. 

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », présentation et chapitre 1

Bonjour à toutes et tous,

Voilà plus d’un an que j’ai écrit ce roman. Je l’ai lu, relu et remanié jusqu’à aujourd’hui. C’est mon premier grand travail d’écriture. Un travail que j’ai longtemps muri et que j’ai produit avec mon coeur pour vous livrer une belle histoire sur la vie et l’après-vie.

Il n’est sûrement pas parfait. Je n’ai pas du tout la prétention d’écrire aussi bien que certains auteurs qui ont marqué et marquent encore la littérature. Mais, je vous assure qu’il est authentique et sincère dans ma volonté de vous présenter le récit d’un groupe de personnes en quête de réponses sur la vie et sur la mort à travers leurs propres expériences, leur vision personnelle du monde et sur leurs relations aussi. J’ai essayé d’être le plus juste possible dans l’expression des sentiments de mes personnages, ce qui n’est pas toujours aisé quand on a vécu le deuil d’un parent proche comme ça a été le cas pour moi. Il y a l’envie bien sûr, mais il y a aussi de la pudeur… Alors j’ai compensé parfois cette difficulté avec des touches d’humour qui n’ont pas vocation à blesser qui que ce soit qui traverse un deuil compliqué mais plutôt à prendre du recul pour se rendre compte que son chemin à lui n’est pas terminé.

C’est une histoire d’amour et d’espoir dont je souhaite vous partager quelques pages ici. J’espère qu’elle vous plaira. Pardon d’avance pour les fautes d’orthographe ou de conjugaison. Et puis zut, trêve de commentaires, je me lance. Voici le premier chapitre de mon premier roman « Après la vie ». ❤

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Après la vie

par Ombelline Robin

CHAPITRE 1 – AU COMMENCEMENT

Ce matin de mai, alors qu’il faisait froid malgré un beau ciel bleu, j’avais prévu de prendre le train pour aller voir un client à Nantes. Je me souviens qu’en arrivant à la gare Montparnasse, en remontant des sous-sols du métro pour atteindre les quais à la surface, j’étais tombé malencontreusement dans un escalier. J’avais trébuché et je crois bien que, dans ma chute, je m’étais cogné la tête sur quelque chose de dur car j’avais ressenti une violente douleur pendant à peine quelques secondes. Mais j’étais tellement pressé que je m’étais relevé un peu chancelant et j’avais foncé vers le quai pour attraper mon train. Je l’avais eu de justesse car les portes s’étaient vite refermées derrière moi. Et le train avait démarré.

Je souris car je me rappelle, qu’au bout de trente minutes de trajet, je m’étais rendu compte que j’avais oublié mon bagage en bas de l’escalier dans lequel j’étais tombé. J’avais l’air fin ou plutôt sonné. Moi le maniaque qui faisait toujours attention à tout, j’avais laissé mon bagage à la gare. Quel crétin je faisais ! Je décidai donc d’aller trouver le contrôleur pour qu’il envoie un message aux agents restés sur place. Avec le plan de lutte contre le terrorisme qui était toujours d’actualité, je savais que je risquais de retrouver mon bagage pulvérisé à moins que quelqu’un l’ait tout simplement subtilisé. Bref, je n’en menais pas large alors que je me dirigeai vers le contrôleur.

Il était en pleine discussion avec un groupe de jeunes gens qui s’étaient installés dans un espace de places à quatre. La discussion portait sur le bruit et l’interdiction de poser ses pieds sur les sièges quand je tentai d’attirer son attention.

  • Excusez-moi, Monsieur !

Il ne me répondit pas et fit mine d’attendre des excuses de la part du groupe ainsi qu’une promesse de bonne tenue. Je l’interpellai, à nouveau, un peu plus fort. Mais il continua de m’ignorer de manière fort détestable et reprit sa ronde de contrôle des billets sans même me jeter un regard. Je songeai immédiatement à une espèce de pauvre type arrogant ou imbu de sa fonction. J’étais tellement agacé par ce comportement que j’étais décidé à ne pas le laisser s’en tirer à si bon compte. J’irai me plaindre à un agent de la gare dès que je serai arrivé à destination. De toute manière, à l’heure qu’il était mon bagage avait dû connaître un sort dramatique…

Aussi, il y avait eu ce moment vraiment bizarre tandis que je retournai à ma place. J’éprouvai, en effet, une sorte de malaise. Habituellement, les jeunes femmes que je croisais me lançaient toujours un regard aguicheur ou alors elles me souriaient. Mais là, rien. Rien depuis…. Depuis que j’étais monté dans le train je crois bien. Oui c’est ça ! Rien. Ça ne devait pas être un bon jour pour moi sans doute. Ou c’était encore un truc de pleine lune ou quelque chose dans le genre qui agissait sur l’humeur de ces demoiselles.

  • Ah les filles ! Toujours compliquées…

Je retrouvai ma place et m’installai confortablement. Je souris à ce bébé qui me regardait dans les bras de sa mère de l’autre côté de l’allée. Il me sourit en retour et je pensai alors que moi aussi je voudrais devenir père un jour. Mais pas tout de suite. Je voulais d’abord faire avancer ma carrière, avoir une vraie promotion de poste et de salaire et peut-être, ensuite, envisager un pacs avec Fanny et mettre en route une famille.

Ah Fanny ! Je me demandai pourquoi je continuais de l’aimer si fort alors qu’elle m’en faisait voir de toutes les couleurs. Fanny c’est ma petite amie, ma chérie. Elle a vingt-cinq ans et vit avec sa grande sœur en colocation à Vincennes. Enfin, officiellement. Parce qu’officieusement, elle est tout le temps chez moi, dans mon appartement du quinzième arrondissement, avec sa manie de tout laisser traîner. Cette fille là je l’aime oui, même quand elle m’en fait baver.

Puis, perdu au milieu de mes pensées, alors que je regardai le paysage défiler par la fenêtre du train, je n’avais pas vu cette dame arriver. Elle s’était excusée auprès de mon voisin de siège, elle avait commencé à se faufiler entre lui et le siège opposé puis s’était assise sur moi comme si de rien n’était. Oui, sur moi. Ou plus exactement à travers moi. Et c’est à cet instant précis que je compris. J’étais là mais pas pour les autres. J’étais devenu autre chose.

Je m’appelle Leonardo, je suis né à Paris douzième arrondissement, d’un père franco-belge et d’une mère italienne. Et je suis donc mort à vingt-neuf ans, un matin du mois de mai 2017, après une vilaine chute dans un escalier. C’est bête ! Si j’avais su que je finirai mes jours comme ça, hein ! Si j’avais su j’aurais… J’aurais… Bon d’accord, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Et puis, de toute façon, je l’aurais su comment ? Bah oui tiens, à propos ! Comment ? Il y a quelqu’un qui commande tout ça ? Qu’est-ce que je fais encore là ? 

  • Allô, y a quelqu’un ? Vous m’entendez ? Héhooo !! Y a personne, alors ?! Pfff ! 

Pas de réponse. Tu parles d’un Dieu ! Et dire que je me suis farci la messe tous les dimanches pendant toute ma scolarité… Tout ça pour quoi ? Pour un Dieu qui n’est même pas là et qui n’existe sans doute pas. Au moins, j’avais réussi à rentrer. J’étais chez moi, allongé dans mon canapé. Je ne savais pas du tout où ma dépouille avait été emmenée et j’attendais qu’un proche rentre chez moi pour avoir quelqu’un que je connaissais à qui me raccrocher. En attendant, il fallait que je trouve un moyen de communiquer.

  • Voyons voir… Si je frappe un grand coup sûr la table basse. Ah, il n’y a pas de son. Et si j’essaie d’ouvrir une porte, ma main passe au travers de la poignée. Et tiens, est ce que je peux allumer la télé ? Non, ça ne marche pas non plus. Et les lumières, nada. Niet ! Marche pas. 

J’étais déconcerté mais je réfléchissais à d’autres solutions et me rappelai les films de fantômes que j’avais vus lorsque j’étais adolescent. Comment faisaient-ils pour bouger les choses ? Je me souvins alors d’un film dans lequel un spectre, qui était super énervé, puisait sa force dans la colère. Il fallait que j’essaie, que je me fâche. Il fallait que je pense à un truc que je détestais. Ou non, Il fallait que ce soit quelqu’un que je n’aimais pas. Carl ! Cet enfoiré qui m’avait piqué un client l’an passé, je l’aurais bien collé au mur. 

  • Ouais, c’est ça Carl ! Je te déteste mon gars, t’es qu’un pauvre type complètement naze. Bien, bien naze ! Un gros naze à qui je vais coller mon poing dans la figure ou plutôt dans ce coussin ! TIENS !! PRENDS ÇA ! 

« Pof ! » 

  • Quoi, c’est tout ? Juste un petit « pof » de rien du tout ? Ah misère, va falloir que je m’entraîne. Quelle galère…
  • Hihihi !

Un rire d’enfant venant de derrière moi me fit sursauter si fort que je me retournai pour voir de qui il s’agissait.

  • Eh mais vous êtes qui vous ? Attendez ! Ne partez pas ! Vous m’avez vu ? vous m’avez entendu ? ATTENDEZ !!

Ou bien je devenais fou ou je venais de voir une fillette blonde avec une robe blanche à fanfreluches traverser en courant le mur de mon salon ? Je lui emboitai le pas et passai, à mon tour, la tête à travers le mur et la vis qui montait l’escalier de mon immeuble à toute vitesse.

  •  EH PETITE, TU M’ENTENDS ? 
  •   Je dois trouver ma maman !
  • Ta maman ? 
  • Oui, elle va bientôt rentrer. Il faut que je sois à la maison sinon je vais la rater !
  • Mais, de quoi… Mais attends ! 

Elle était montée pour de bon et je l’avais finalement laissée s’en aller. Je ne pouvais pas la suivre puisque moi aussi je devais retrouver mes proches. N’importe qui pourvu que quelqu’un se décide à venir à mon appartement. Car je sentais bien que ce n’était que le commencement.

(à suivre…)