[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 9

Bonsoir tout le monde,

Voici le chapitre 9 avec encore une surprise ce soir. Si vous souhaitez mettre un visage sur le personnage de Mathi, cliquez ici pour savoir de quelle actrice je me suis inspirée pour son côté légèrement renfrogné, à fleur de peau. ❤

Alors, sympa ou bien ? 😉

Encore une dernière chose, ce chapitre est l’avant-dernier que je vous livre gratuitement sur mon blog. Il y aura encore un dernier chapitre publié demain et ensuite il faudra patienter jusqu’à la mise à disposition de mon roman sur une plateforme d’édition. Je vous tiendrai au courant à travers un billet à part entière.

En attendant, profitez encore un peu de l’histoire… Bonne lecture à vous.

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 9 – LES TÉLÉPHONES

Cette après-midi, je passai mon temps à écouter les conversations de mes amis, de quelques autres personnes présentes et je me dévoilai un peu plus à Mathi. Je lui racontai plus en détails mon enfance, mes études, mon job et ma vie à Paris. Je lui confiai aussi mon ressenti sur cette journée, sur l’incroyable aveu de ma cousine au funérarium, sur mes échanges avec les défunts rencontrés et sur l’absence de mon meilleur ami. Je lui dis que c’était le gros point négatif de ma journée. Que cela me contrariait et me peinait en même temps. Que j’attendais que mes potes parlent de lui mais que personne n’abordait le sujet. Mathi m’écouta avec beaucoup d’intérêt. Elle semblait très touchée et très concernée par mes confidences. Elle buvait mes paroles comme si c’était du petit lait. Je devinais alors la solitude qui avait été la sienne pendant toutes ces années et le plaisir qu’elle prenait enfin à discuter avec quelqu’un qu’elle avait connu et qui lui rappelait sans doute sa vie d’avant son accident. 

Elle aussi décida de se dévoiler un peu plus. Elle me parla de ses deux sœurs, de la nouvelle vie de son père, des études qu’elle suivait avant son décès, des projets d’avenir qu’elle avait… Puis, elle jeta un coup d’œil furtif en direction de trois personnes qui bavardaient à côté du buffet et au milieu desquelles se trouvait le curé. Un coup d’œil plutôt discret mais qui ne m’avait pas échappé ce dont elle se rendit tout de suite compte. Je haussai les sourcils tout en lui souriant et lui dis qu’elle n’était pas obligée d’aborder le sujet si elle n’en avait pas envie. Elle hésita quelques secondes puis finit par m’avouer que ce prêtre et elle étaient autrefois « bons amis ».  Et que le revoir ici, la déstabilisait étant donné le soin qu’elle avait pris à se tenir à distance de lui depuis qu’elle était décédée. 

  • « Bons amis » avec un curé ? Mais, c’est glauque ! Et puis, il est vachement plus vieux que toi ! T’étais pas mineure quand même ?
  • Que t’es bête ! Il avait trois ans de plus que moi à l’époque et n’était pas encore prêtre. D’ailleurs, il n’était pas du tout question de prêtrise. Il voulait devenir vétérinaire. 

Je me sentis très bête, en effet. Il y a quinze ans, ce curé devait être forcément plus jeune. Mais le fait est que j’avais encore du mal avec cette fameuse notion de temps. Il fallait que je me rentre dans le crâne que les vivants vieillissaient et que les défunts conservaient l’apparence qui était la leur au moment de leur décès.

  • Véto ? Quel changement de cap ! Qu’est ce qui lui a pris de changer de métier ?
  • Il n’a pas changé de métier. Il n’a jamais terminé ses études de vétérinaires. Après mon accident, il a juste tout arrêté. Il est parti voyager avec un copain pendant six mois en prétextant avoir besoin de faire une pause avant de passer son concours. Et quand il est revenu, il a déclaré à ses parents vouloir faire son séminaire sans donner plus d’explications. Ensuite, j’ai cessé de vouloir le voir et j’ai gardé mes distances vis-à-vis de lui.
  • Mince ! C’est fou cette histoire ! Et, tu n’as jamais eu la curiosité de savoir pourquoi il avait changé ses plans d’avenir ?
  • À quoi bon. Et de toute manière, il est quasiment impossible de savoir. Et si c’était à cause de mon accident, j’aime autant rester dans le floue que de trimballer, en plus, la culpabilité d’un avenir sacrifié.
  • « Quasiment impossible » ! Comment ça ? Tu veux dire qu’il y a une petite possibilité, même infime, de savoir ? 
  • Oui et non… Mais laisse tomber c’est très compliqué et en plus ça me fait suer.
  • QUOI ? Tu me lâches une bombe et tu me plantes là, comme ça ! Ah mais non, non, non ! Je ne vais pas te laisser t’en tirer à bon compte aussi facilement. T’es sensée être mon professeur de « vie après la mort ». Alors, je VEUX savoir.
  • Ce n’est pas que je ne veuille pas te le dire mais c’est que ça doit d’abord être un concours de circonstances où plusieurs bons éléments doivent être réunis en même temps et qu’ensuite la personne accepte de te cracher le morceau. Alors…
  • Mais c’est quoi ton « concours de circonstances » ? Vas-y parle !

Mathi exprima quelque chose qui ressemblait à un soupir puis m’expliqua que certaines personnes parmi les vivants étaient dotées de capacités extra-sensorielles. Autrement dit, elles pouvaient « percevoir » les défunts. Certaines d’entre elles pouvaient sentir une présence, voir une forme se déplacer ou même ressentir les émotions des trépassés. Alors que d’autres, moins nombreux et très difficiles à trouver, pouvaient carrément nous voir et nous entendre avec une grande clarté. Comme les bébés ! Sauf que ces derniers perdaient ce don en grandissant, notamment à partir du moment où leur mental commençait à se développer. La connexion avec notre « monde » était alors interrompue jusqu’au jour où ces êtres nous rejoindraient à leur tour. Elle me dit que les individus qui conservaient ce don toute leur vie durant s’appelaient des « messagers » mais qu’elle préférait les affubler du surnom ridicule de « téléphones ». Qu’ils étaient très difficiles à trouver car rien ne laissait paraître chez eux cette faculté et qu’on pouvait aussi les confondre avec des défunts qui n’avaient pas encore réalisé ou accepté l’idée qu’ils étaient bel et bien décédés et qui se comportaient donc comme des vivants évidemment capables de nous voir et nous parler. Puis, quand bien même on arrivait à en trouver un, qu’il était absolument incertain qu’on parvienne à le convaincre de nous aider à communiquer avec la personne souhaitée. Sans parler du fait que le « téléphone » pouvait déformer toute la conversation en ne transmettant pas correctement les questions posées, en mentant également pour obtenir des renseignements indiscrets ou, pire encore, pour manipuler les vivants et leur soutirer de l’argent. Enfin, dans le meilleur des cas, il fallait aussi que le vivant soit « ouvert », croit tout ce que le « téléphone » soit venu lui rapporter et qu’il accepte de lui répondre avec sincérité. En bref, elle avait raison. C’était laborieux et peut-être même risqué. Il valait mieux laisser tomber cette idée. À moins que…

  • Et les médiums professionnels ?
  • Quoi les médiums professionnels ?
  • Et bien c’est leur métier ! Il doit bien en exister un dans le tas qui pourrait nous aider ?
  • Oh oui, il doit bien exister… Mais va le trouver au milieu de tous les charlatans et les profiteurs ! Et puis, tu fais comment pour faire venir la personne que tu souhaites contacter parmi les vivants ?

Bref, c’était vraiment la fausse-bonne idée. Et Mathi semblait savoir de quoi elle parlait. D’ailleurs, je trouvai qu’elle en savait beaucoup sur le sujet et lui demandai si elle avait déjà fait l’expérience d’un de ces fameux « téléphones ». 

  • J’en ai fait la triste expérience, oui. Et ça a fini d’enfoncer ma mère dans sa dépression et dans sa folle obsession de me voir revenir.

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 2

Bonjour à toutes et tous,

Merci pour le superbe accueil que vous avez réservé au chapitre 1 de mon roman. Comme promis sur les réseaux sociaux, je vous livre aujourd’hui le chapitre 2. En vous souhaitant une bonne découverte et une bonne lecture. 😉

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 2 – MES PROCHES

Dès le lendemain, vers midi, j’entendis quelqu’un tourner la clé dans la serrure de la porte d’entrée de mon trente-cinq mètres carré. Mon « deux pièces », pour être plus précis. Un appartement que j’avais pu acquérir grâce à un petit héritage laissé à mon nom par mes grands-parents. Mon père avait, en effet, perdu ses parents il y a dix ans. Je m’en souvenais encore comme si c’était hier. Mon frère et moi étions les petits-enfants préférés de Mamé et Papé. Sur leur testament, ils nous avaient donc protégés en mettant de côté pour nous une coquette somme d’argent. Mon frère, l’aventurier de la famille, s’était servi de son héritage pour voyager. Et moi, l’aîné, le casanier, j’avais investi dans un logis. J’étais du genre « fourmi ». Je ne supportais pas l’idée de dépenser mon argent dans des futilités. Je voulais faire en sorte qu’il puisse toujours me rapporter. Et puis, j’avais trouvé cet appartement sur le conseil d’un ami et j’avais été très vite conquis. Bien sûr, j’avais dû un peu emprunter pour financer mon achat dans sa totalité, mais cela ne m’avait pas dérangé. Et puis, comme il y avait déjà Fanny dans ma vie, je savais que cet appartement serait un peu comme notre nid. Je souhaitais qu’elle et moi y partagions des moments rien qu’à nous, plutôt que chez sa sœur ou sous le toit de mon ex-colocataire. C’était chouette la vie de couple avec ma Fanny. Il est vrai qu’elle ne rangeait pas grand-chose, mais maintenant que j’étais mort, je me rendais compte que cela me manquait aussi.

  • FANNY ! C’EST TOI, FANNY ! MA CHÉRIE !!

Évidemment, elle ne me voyait pas et ne m’entendait pas non plus. Qu’est-ce que je croyais. Il allait bien falloir que je m’enfonce cette idée dans le crâne : « T’es MORT mon gars ! ». Mais que faisait-elle ici ? 

  • Rolala, tu n’as pas bonne mine, ma chérie. Mais tu pleures… Oh non, ne pleure pas, je t’en prie. Je suis toujours ici. 

Il fallait qu’elle sache que je n’étais pas parti. Il fallait que je trouve rapidement un moyen de lui montrer que j’étais là. J’étais si pressé d’y arriver et j’avais les idées tellement emmêlées que je tentai encore une fois de me fâcher. 

  • Carl est un gros naze ! C’est vraiment le pire des gros nazes ! Mais un GROS NAZE DE CHEZ NAZE !!!

« Pof ! »

  • Bon sang !! Mais c’est quoi ce « pof » ridicule ! FANNY !! JE SUIS LÀ, CHÉRIE !!

Tandis qu’elle regardait cette photo de nous scotchée sur le frigo, prise l’an dernier en vacances à la Trinité-sur-mer, je m’efforçai de faire tomber un objet ou de créer n’importe quel bruit qui pourrait la rassurer et lui indiquer ma présence. Mais, rien ne se produisit. Et elle ne réagit pas non plus au léger bruit du coussin dans lequel je venais de frapper. Je me sentais alors complètement défait, encore pire que dégoûté. J’étais là mais sans aucun pouvoir pour la réconforter. Si seulement, je pouvais lui dire qu’on ne mourrait pas totalement, qu’on était juste différent. Et surtout, qu’on était toujours aux côtés des vivants. 

Elle ramassa ses vêtements dans ma chambre puis les jeta dans une valise qui était posée là, dans un coin, à côté du lit. Elle récupéra sa brosse à dents et ses crèmes entreposées dans la salle de bain. Elle prit aussi notre photo, un de mes t-shirts dans le panier à linge ainsi que mon mug préféré dans l’évier du coin cuisine. Elle regarda une dernière fois autour d’elle, le visage gonflé de larmes. Puis elle déposa sa clef sur l’étagère de ma petite entrée avant de sortir de l’appartement en claquant la porte derrière elle. Je la suivis, ma Fanny, jusqu’en bas de l’immeuble où sa sœur, Zoé, l’attendait dans sa voiture stationnée tout juste en face devant la boulangerie. Sa sœur l’aida à mettre sa valise dans le coffre pendant que Fanny fixait les fenêtres de mon appartement au deuxième étage. Puis, elle la serra fort contre elle avant de la faire asseoir sur le siège passager et de la ramener, probablement, chez elle à Vincennes.  

Quant à moi, je restai là devant mon immeuble. Je n’avais pas pu me résoudre à monter en voiture avec elles. C’était trop dur. C’était comme une rupture sauf que j’aimais encore Fanny et qu’elle m’aimait aussi. J’étais donc figé, bloqué, à la fois résigné, malheureux et très en colère de la voir partir sans pouvoir agir. Alors c’est comme ça, la mort. On voyait tout, on entendait tout, mais on ne pouvait rien faire. Le voile se glisse entre nous et c’est tout ? Je me sentais pas mal dépité. 

J’attendis encore une journée dans mon appartement. Je revis la fillette en robe blanche et lui demandai même son prénom. « Adèle » m’avait-elle répondu. Elle traversa quelques murs de mon appartement et d’autres à mon étage. Elle rit beaucoup et joyeusement. Elle sauta à pieds joints dans le couloir devant ma porte d’entrée. Elle courut aussi dans l’escalier débordante de « vitalité ». Elle me raconta que le bébé de Madame Poncet au premier étage était tout mignon avec elle ! Puis, elle me confia aimer le faire rire et écouter les chansons que sa maman lui chantait pour l’aider à s’endormir. Elle me dit enfin que sa propre maman, son papa et sa grande sœur étaient partis, un jour, sans elle, de leur appartement. Elle ajouta qu’elle ne se souvenait plus du tout où ils étaient allés car elle avait été très affectée par sa maladie et se trouvait donc particulièrement diminuée, le jour de leur départ. Mais elle savait que sa famille l’aimait et, qu’un jour, elle reviendrait la chercher. Alors, le soir, elle remontait dans cet appartement qu’elle occupait, autrefois, avec sa soeur et ses parents et elle les attendait. Elle attendait sa maman.

  • MAMAN !

Ma mère venait justement d’entrer dans mon appartement. Mon père était avec elle également. Ils avaient l’air épuisé, triste, meurtri. Maman se dirigea vers ma chambre à coucher. Elle ouvrit mon placard et jeta un rapide coup d’œil à mon père qui s’était assis sur le canapé. Elle enleva un costume de ma penderie, le bleu marine que je m’étais offert le mois dernier. Elle le regarda de face et de dos et choisit de le poser sur le lit à côté. Elle attrapa ensuite une chemise claire, des chaussettes sombres ainsi qu’une paire de chaussures que j’avais soigneusement cirées et que j’avais récemment fait ressemeler. Elle demanda à mon père de venir l’aider à porter mes affaires et lui annonça qu’ils verraient plus tard pour le courrier. Je les voyais tous les deux, là sous mes yeux, ma mère et mon père, mes piliers de toujours. Je voulais tellement les prendre dans mes bras tour à tour. Mais non. Impossible. Comme Fanny, ils ne me voyaient pas et ne m’entendaient pas. Pour eux, je n’étais pas là. Je ne faisais définitivement plus partie de notre monde.  

Ils quittèrent ensuite mon appartement avec mes affaires sous le bras. Je décidai de les suivre et montai avec eux dans leur voiture. Mes parents, c’est quand même eux qui m’avaient donné la vie. Une connexion, un lien invisible nous unissait sûrement. Avec eux, j’arriverai forcément à trouver un moyen de me faire entendre. 

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », présentation et chapitre 1

Bonjour à toutes et tous,

Voilà plus d’un an que j’ai écrit ce roman. Je l’ai lu, relu et remanié jusqu’à aujourd’hui. C’est mon premier grand travail d’écriture. Un travail que j’ai longtemps muri et que j’ai produit avec mon coeur pour vous livrer une belle histoire sur la vie et l’après-vie.

Il n’est sûrement pas parfait. Je n’ai pas du tout la prétention d’écrire aussi bien que certains auteurs qui ont marqué et marquent encore la littérature. Mais, je vous assure qu’il est authentique et sincère dans ma volonté de vous présenter le récit d’un groupe de personnes en quête de réponses sur la vie et sur la mort à travers leurs propres expériences, leur vision personnelle du monde et sur leurs relations aussi. J’ai essayé d’être le plus juste possible dans l’expression des sentiments de mes personnages, ce qui n’est pas toujours aisé quand on a vécu le deuil d’un parent proche comme ça a été le cas pour moi. Il y a l’envie bien sûr, mais il y a aussi de la pudeur… Alors j’ai compensé parfois cette difficulté avec des touches d’humour qui n’ont pas vocation à blesser qui que ce soit qui traverse un deuil compliqué mais plutôt à prendre du recul pour se rendre compte que son chemin à lui n’est pas terminé.

C’est une histoire d’amour et d’espoir dont je souhaite vous partager quelques pages ici. J’espère qu’elle vous plaira. Pardon d’avance pour les fautes d’orthographe ou de conjugaison. Et puis zut, trêve de commentaires, je me lance. Voici le premier chapitre de mon premier roman « Après la vie ». ❤

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Après la vie

par Ombelline Robin

CHAPITRE 1 – AU COMMENCEMENT

Ce matin de mai, alors qu’il faisait froid malgré un beau ciel bleu, j’avais prévu de prendre le train pour aller voir un client à Nantes. Je me souviens qu’en arrivant à la gare Montparnasse, en remontant des sous-sols du métro pour atteindre les quais à la surface, j’étais tombé malencontreusement dans un escalier. J’avais trébuché et je crois bien que, dans ma chute, je m’étais cogné la tête sur quelque chose de dur car j’avais ressenti une violente douleur pendant à peine quelques secondes. Mais j’étais tellement pressé que je m’étais relevé un peu chancelant et j’avais foncé vers le quai pour attraper mon train. Je l’avais eu de justesse car les portes s’étaient vite refermées derrière moi. Et le train avait démarré.

Je souris car je me rappelle, qu’au bout de trente minutes de trajet, je m’étais rendu compte que j’avais oublié mon bagage en bas de l’escalier dans lequel j’étais tombé. J’avais l’air fin ou plutôt sonné. Moi le maniaque qui faisait toujours attention à tout, j’avais laissé mon bagage à la gare. Quel crétin je faisais ! Je décidai donc d’aller trouver le contrôleur pour qu’il envoie un message aux agents restés sur place. Avec le plan de lutte contre le terrorisme qui était toujours d’actualité, je savais que je risquais de retrouver mon bagage pulvérisé à moins que quelqu’un l’ait tout simplement subtilisé. Bref, je n’en menais pas large alors que je me dirigeai vers le contrôleur.

Il était en pleine discussion avec un groupe de jeunes gens qui s’étaient installés dans un espace de places à quatre. La discussion portait sur le bruit et l’interdiction de poser ses pieds sur les sièges quand je tentai d’attirer son attention.

  • Excusez-moi, Monsieur !

Il ne me répondit pas et fit mine d’attendre des excuses de la part du groupe ainsi qu’une promesse de bonne tenue. Je l’interpellai, à nouveau, un peu plus fort. Mais il continua de m’ignorer de manière fort détestable et reprit sa ronde de contrôle des billets sans même me jeter un regard. Je songeai immédiatement à une espèce de pauvre type arrogant ou imbu de sa fonction. J’étais tellement agacé par ce comportement que j’étais décidé à ne pas le laisser s’en tirer à si bon compte. J’irai me plaindre à un agent de la gare dès que je serai arrivé à destination. De toute manière, à l’heure qu’il était mon bagage avait dû connaître un sort dramatique…

Aussi, il y avait eu ce moment vraiment bizarre tandis que je retournai à ma place. J’éprouvai, en effet, une sorte de malaise. Habituellement, les jeunes femmes que je croisais me lançaient toujours un regard aguicheur ou alors elles me souriaient. Mais là, rien. Rien depuis…. Depuis que j’étais monté dans le train je crois bien. Oui c’est ça ! Rien. Ça ne devait pas être un bon jour pour moi sans doute. Ou c’était encore un truc de pleine lune ou quelque chose dans le genre qui agissait sur l’humeur de ces demoiselles.

  • Ah les filles ! Toujours compliquées…

Je retrouvai ma place et m’installai confortablement. Je souris à ce bébé qui me regardait dans les bras de sa mère de l’autre côté de l’allée. Il me sourit en retour et je pensai alors que moi aussi je voudrais devenir père un jour. Mais pas tout de suite. Je voulais d’abord faire avancer ma carrière, avoir une vraie promotion de poste et de salaire et peut-être, ensuite, envisager un pacs avec Fanny et mettre en route une famille.

Ah Fanny ! Je me demandai pourquoi je continuais de l’aimer si fort alors qu’elle m’en faisait voir de toutes les couleurs. Fanny c’est ma petite amie, ma chérie. Elle a vingt-cinq ans et vit avec sa grande sœur en colocation à Vincennes. Enfin, officiellement. Parce qu’officieusement, elle est tout le temps chez moi, dans mon appartement du quinzième arrondissement, avec sa manie de tout laisser traîner. Cette fille là je l’aime oui, même quand elle m’en fait baver.

Puis, perdu au milieu de mes pensées, alors que je regardai le paysage défiler par la fenêtre du train, je n’avais pas vu cette dame arriver. Elle s’était excusée auprès de mon voisin de siège, elle avait commencé à se faufiler entre lui et le siège opposé puis s’était assise sur moi comme si de rien n’était. Oui, sur moi. Ou plus exactement à travers moi. Et c’est à cet instant précis que je compris. J’étais là mais pas pour les autres. J’étais devenu autre chose.

Je m’appelle Leonardo, je suis né à Paris douzième arrondissement, d’un père franco-belge et d’une mère italienne. Et je suis donc mort à vingt-neuf ans, un matin du mois de mai 2017, après une vilaine chute dans un escalier. C’est bête ! Si j’avais su que je finirai mes jours comme ça, hein ! Si j’avais su j’aurais… J’aurais… Bon d’accord, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Et puis, de toute façon, je l’aurais su comment ? Bah oui tiens, à propos ! Comment ? Il y a quelqu’un qui commande tout ça ? Qu’est-ce que je fais encore là ? 

  • Allô, y a quelqu’un ? Vous m’entendez ? Héhooo !! Y a personne, alors ?! Pfff ! 

Pas de réponse. Tu parles d’un Dieu ! Et dire que je me suis farci la messe tous les dimanches pendant toute ma scolarité… Tout ça pour quoi ? Pour un Dieu qui n’est même pas là et qui n’existe sans doute pas. Au moins, j’avais réussi à rentrer. J’étais chez moi, allongé dans mon canapé. Je ne savais pas du tout où ma dépouille avait été emmenée et j’attendais qu’un proche rentre chez moi pour avoir quelqu’un que je connaissais à qui me raccrocher. En attendant, il fallait que je trouve un moyen de communiquer.

  • Voyons voir… Si je frappe un grand coup sûr la table basse. Ah, il n’y a pas de son. Et si j’essaie d’ouvrir une porte, ma main passe au travers de la poignée. Et tiens, est ce que je peux allumer la télé ? Non, ça ne marche pas non plus. Et les lumières, nada. Niet ! Marche pas. 

J’étais déconcerté mais je réfléchissais à d’autres solutions et me rappelai les films de fantômes que j’avais vus lorsque j’étais adolescent. Comment faisaient-ils pour bouger les choses ? Je me souvins alors d’un film dans lequel un spectre, qui était super énervé, puisait sa force dans la colère. Il fallait que j’essaie, que je me fâche. Il fallait que je pense à un truc que je détestais. Ou non, Il fallait que ce soit quelqu’un que je n’aimais pas. Carl ! Cet enfoiré qui m’avait piqué un client l’an passé, je l’aurais bien collé au mur. 

  • Ouais, c’est ça Carl ! Je te déteste mon gars, t’es qu’un pauvre type complètement naze. Bien, bien naze ! Un gros naze à qui je vais coller mon poing dans la figure ou plutôt dans ce coussin ! TIENS !! PRENDS ÇA ! 

« Pof ! » 

  • Quoi, c’est tout ? Juste un petit « pof » de rien du tout ? Ah misère, va falloir que je m’entraîne. Quelle galère…
  • Hihihi !

Un rire d’enfant venant de derrière moi me fit sursauter si fort que je me retournai pour voir de qui il s’agissait.

  • Eh mais vous êtes qui vous ? Attendez ! Ne partez pas ! Vous m’avez vu ? vous m’avez entendu ? ATTENDEZ !!

Ou bien je devenais fou ou je venais de voir une fillette blonde avec une robe blanche à fanfreluches traverser en courant le mur de mon salon ? Je lui emboitai le pas et passai, à mon tour, la tête à travers le mur et la vis qui montait l’escalier de mon immeuble à toute vitesse.

  •  EH PETITE, TU M’ENTENDS ? 
  •   Je dois trouver ma maman !
  • Ta maman ? 
  • Oui, elle va bientôt rentrer. Il faut que je sois à la maison sinon je vais la rater !
  • Mais, de quoi… Mais attends ! 

Elle était montée pour de bon et je l’avais finalement laissée s’en aller. Je ne pouvais pas la suivre puisque moi aussi je devais retrouver mes proches. N’importe qui pourvu que quelqu’un se décide à venir à mon appartement. Car je sentais bien que ce n’était que le commencement.

(à suivre…)