[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 6

Bonsoir tout le monde,

Voici le chapitre 6. Les funérailles de mon personnage principal touchent bientôt à leur fin tandis qu’une première intrigue émerge enfin… Quelle est-elle ?

Allez vite la découvrir car, à compter de ce chapitre, la grande aventure commence avec des rencontres intéressantes et des expériences troublantes…

Bonne lecture !

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 6 – TOUT LE MONDE

Elle s’appelait Evelyne et elle était décédée à cinquante-huit ans d’une overdose de somnifères. Elle me raconta que son mari l’avait quittée quelques mois plus tôt pour une femme beaucoup plus jeune qu’elle. Une histoire tout à fait banale selon ses propres dires. Mais qui l’avait démolie car elle avait consacré toute sa vie à cet homme, à prendre soin de lui et de leur relation commune. Elle avait entretenu sa maison afin qu’elle soit le reflet d’un parfait accomplissement de parcours de vie. Qu’elle soit à l’image des ambitions de ce mari parfait en apparence mais volage… Un homme qui ne lui avait rien donné d’autre que son nom et le privilège d’être à sa disposition. Pas un enfant n’était né de cette union. Elle confessa alors qu’elle n’en avait rien retiré de bon. Et même une profonde déception. Puis surtout, elle s’en voulait. Elle se reprochait d’avoir été la complice d’un mariage de façade. Elle regrettait l’énergie et l’entêtement qu’elle avait déployés à son propre détriment. 

  • On est toujours un peu responsable de ses tourments, vous savez. Et ce n’est que lorsque le voile de la vie est levé qu’on se rend compte des choix que nous avions la possibilité de faire et à côté desquels nous sommes passés. 

Je lui demandai ce qu’elle faisait ici et s’il y avait une porte de sortie, ou un chemin quelconque vers le paradis. Elle me répondit que ce funérarium appartenait à son amour de jeunesse. Un homme qu’elle aurait dû avoir le courage d’entreprendre de son vivant mais qu’elle avait laissé filé par manque de confiance en elle. Elle m’avoua l’avoir cherché longuement avant de le retrouver. Et qu’elle attendait, chaque jour, de le voir arriver pour superviser les comptes et vérifier le travail des salariés. Elle adorait être juste là, à côté de lui, à s’imaginer la vie qu’ils auraient pu partager. Elle me dit aussi qu’elle n’avait pas trouvé d’autres endroits où aller, qu’aucun « passage » ne s’était ouvert mais qu’elle en avait entendu parler de la part d’un autre défunt croisé à ses propres funérailles. Selon cet homme, on accédait à un autre lieu de « vie » à partir du moment où nous avions franchi « un cap » sur le deuil de notre propre existence… Puis, son regard se tourna vers ma mère qui suivait un cercueil. Elle me dit que c’était le mien et que je devais à présent me hâter afin de ne pas rater la cérémonie à l’église. Et tandis que je me levai pour rejoindre les autres, elle me lança que j’avais l’air gentil et que c’était dommage que j’aie été arraché aussi tôt à la vie.

Sur le chemin de l’église, assis entre ma mère et Ava, je tentais de rassembler mes idées. Je repensai à Fanny, à ses adieux, et puis à ma cousine Émilie aussi. Cette peste d’Émilie, amoureuse de moi. Non mais ça n’allait vraiment pas, celle-là ! Une cinglée, oui ! Comment avait-elle pu s’imaginer avec moi… Rien que d’y penser, j’en avais la nausée. Il fallait vraiment que ses parents la fassent soigner. J’étais franchement dégoûté…

  • Mais quelle tarée !

Et moi qui était là, désemparé après avoir entendu ma mère, mon père et mon frère me dire tout l’amour qu’ils me portaient. Après avoir écouté ma Fanny me dire adieu, mon âme suspendue à ses lèvres et ses magnifiques yeux verts comme s’ils étaient mon dernier espoir… Et vlan ! Voilà l’autre qui gâchait tout ! Je ne savais pas pourquoi, mais je les sentais moins bien ces funérailles tout à coup. Je me trouvai de moins en moins confiant dans la suite des événements.

Marco gara la voiture sur le parking de l’église juste en face du corbillard. Il fut ensuite convié, en même temps que mon père et mon oncle, à porter mon cercueil jusque dans l’église. C’était sympa ça ! Je trouvais cela vraiment touchant. Je suivis le mouvement derrière le cortège que formaient le curé, mon cercueil, ses porteurs, ma mère, Ava, ma tante, ma cousine Émilie, Fanny ainsi que ses parents. Nous pénétrâmes dans l’église et je découvris avec plaisir la foule qui s’était déplacée pour mon enterrement. Je balayai du regard l’assemblée pendant que ma famille et Fanny s’installaient dans les deux premiers rangs. J’y repérai des potes que je n’avais pas vus depuis longtemps. 

  • Whaaa ! C’est cool ça ! Merci d’être venus les gars.

Il y avait même quelques collègues à partir du septième rang. 

  • Non mais j’espère que cet enfoiré de Carl n’a pas suivi le mouvement… Ah non… je ne crois pas. C’est bon, je ne le vois pas. Tu m’étonnes qu’il ne soit pas venu celui-là ! Gros naze un jour, gros naze toujours. Eh bien comme ça, au moins, c’est clair. 

Soulagé, je remarquai ensuite tout plein de visages familiers. 

  • Oh ! Mais ce n’est pas possible… ce ne serait pas mes copains d’école, là-bas, au sixième rang ? Tiphaine Gillet, Jérôme Chabert, Claire Dutertre, Antoine et Bruno Fleuret, les jumeaux ! 

C’était très chouette de leur part d’être présents. J’étais super content. 

  • Alors, voyons voir un peu, si je compte bien. Il doit y avoir sept personnes par ligne dans chaque rangée de gauche et de droite, multipliées par cinq, dix, quinze, seize lignes, multipliées par deux rangées, ce qui nous fait donc un peu plus de deux-cent-vingt personnes présentes. Oh, mais ce n’est pas mal ça ! Je suis bon là ! La classe, les gars. Plus populaire que moi, j’vois pas. 

Je me trouvai plutôt fier du décompte que je venais de réaliser. Mais, je ne distinguais pas encore les meilleurs. Où étaient donc mes précieux ? 

  • Pas là… Et ici non plus…  Ah, si ! Voilà Camille qui est assise au quatrième rang ! Yes ! Et juste à côté, ça doit être Simon ? Ouiii, t’es là aussi mon pote. Et puis voilà, Audrey, Cédric, Laurence, Frédo… Et naaan ! Thomas ! Pfff, n’importe quoi. Il me gave celui-là. Un vrai faux-cul de première.  

J’étais contrarié. Revoir ce type à mes funérailles venait salement de me piquer.

  • Alors, ça va mon gars ? T’es content d’être là ? Tu penses pouvoir réconforter ma Fanny, c’est ça ? T’inquiètes ! Elle ne veut pas de toi. Elle ne t’aime pas et ne t’aimera jamais. Oh, tu peux toujours porter des lunettes de soleil… Ça ne prend pas. Espèce de vautour va ! 

Mais pourquoi, Seb ne l’avait-il pas dégagé de l’église ? Et d’ailleurs, où était Seb ? 

  • Seb… Seb… J’te vois pas. Ce n’est pas possible, t’es forcément là. T’es où mon Seb ? Allez, ne te fais pas désirer… Tu n’es pas au troisième rang, ni au second… Ne me dis pas que tu t’es mis dans le fond ? 

J’avançais dans l’allée centrale en scrutant attentivement chaque visage dans les rangées de gauche et de droite alors que la bénédiction avait déjà bien commencé. Quelques prières et discours élogieux s’étaient succédé, mais je ne trouvais pas Seb, autrement dit Sébastien, mon meilleur pote. J’espérais alors qu’il avait eu du retard et qu’il finirait par franchir le seuil de la porte et se précipiter vers un pupitre pour dire, à tout le monde, à quel point il était désolé et complètement effondré. Je voulais qu’il dise à tous qu’il m’aimait, qu’il me considérait comme un frère et que j’étais un mec extraordinaire. Mais plus la bénédiction avançait, plus je désespérais de le voir surgir et me rendre un dernier hommage. En fin de compte, tous mes proches se levèrent et vinrent, tour à tour, bénir mon cercueil avant d’aller se rasseoir et essuyer leurs larmes. Le curé prononça les mots de la fin entre quelques sanglots épars qui pointaient, de temps à autre, au milieu de l’assemblée. Puis, ce fut terminé. On porta de nouveau mon cercueil jusqu’au corbillard pendant que ma mère, mon frère et mon père recevaient des témoignages de sympathie de toute part. Et Seb n’était finalement jamais arrivé. 

J’étais énervé, déconcerté et en même temps inquiet. Mais qu’est ce qui avait bien pu lui arriver ? Mon meilleur pote absent de mon enterrement… Ce n’était pas possible. Alors que je me tenais sur le parvis de l’église, à côté de Fanny, à fustiger du regard Thomas qui faisait mine de ne pas trop la regarder, et qui attendait le bon moment pour s’imposer et venir la coller pour le restant de la journée, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Seb. Je vis alors ma bande de potes s’approcher de Fanny. Audrey la prit dans ses bras en premier. Camille lui posa une main sur l’épaule. Et Laurence se joignit à elles trois dans la foulée. 

  • Merci les filles, c’est super sympa pour elle et pour moi. Vous êtes des copines en or, je vous adore. 

Cédric lui fit une bise rapide et Frédo lui prit la main qu’il enferma aussitôt dans les siennes avant d’y déposer un baiser d’un air totalement bouleversé. L’un était peu démonstratif et pas très chaleureux tandis que l’autre était un vrai nounours. Mais ces deux-là partageaient des qualités communes qui faisaient d’eux des potes géniaux. Ils étaient fiables, sincères et très impliqués en amitié. Puis, il y eut Thomas qui rappliqua à son tour tandis que mon sensible de Simon resta un peu à l’écart. Il regarda Fanny dans les yeux et l’étreignit sans prévenir. Cédric lui tapota gentiment l’épaule histoire de lui faire lâcher prise et de permettre à Fanny, qui semblait figée, de respirer un peu. Thomas la lâcha à contre cœur non sans lui avoir claqué une bise « dégueulasse » sur le front !

  • Allez, dégage la ventouse ! T’as pas honte de te jeter comme ça sur elle à mon enterrement ? Pauvre tache ! Mais vas-y dégage !

Tandis que Cédric, qui étaient plutôt costaud, attrapa Thomas pour l’éloigner un peu, je restai à côté de mes potes pour écouter leurs conversations et tenter de savoir ce qui était arrivé à Seb. Audrey demanda à Fanny si elle voulait s’asseoir quelques minutes dans la voiture avant de partir pour le cimetière mais Fanny refusa. Laurence donna un mouchoir à Camille qui ne pouvait s’empêcher de pleurer dès qu’elle regardait dans la direction de mes parents. Frédo la prit dans ses bras au moment où Simon approcha. Et c’est Fanny qui fit le premier pas vers lui pour l’embrasser sur la joue. Simon resta muet tant il était ébranlé par la situation et la douceur de Fanny puis un long silence chargé de peine se répandit entre mes amis. Un silence brisé, quelques minutes plus tard par un employé des pompes funèbres qui invita les personnes présentes à reprendre leur véhicule pour suivre le corbillard jusqu’au cimetière.

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 5

Bonsoir à toutes et tous,

Voici le chapitre 5. Pour accompagner la publication de ce chapitre, j’ai décidé de vous montrer à quelle actrice j’ai pensé pour représenter le personnage de Fanny. Pour la découvrir, cliquez ici. Alors, intéressant n’est-ce-pas ! 😉

Je vous souhaite une bonne lecture et une belle soirée. ❤

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 5 – LES ADIEUX

On y était, c’était le grand jour. Je n’étais pas du tout prêt. C’était très étrange car on aurait dit que j’allais me marier. Tout le monde s’apprêtait et courait partout dans la maison. Ma mère cherchait son foulard et ses lunettes noires et mon frère voulait cirer ses chaussures. Bon sang, j’avais la pression ! C’est dingue, mais j’avais vraiment la pression. C’était comme si j’allais monter sur scène et donner le spectacle de ma vie. Sauf que je ne contrôlais rien. On sonna à la porte. C’était un livreur qui venait déposer quelques beaux bouquets à mon nom. Je voulais lire le nom des expéditeurs dans les enveloppes mais mon père, qui était prêt depuis un quart d’heure, saisit les fleurs et s’empressa d’aller les déposer dans le coffre de la voiture. 

Ava descendit du premier. Comme elle était prête, elle s’assit sur un fauteuil dans l’entrée. Titus vint alors se frotter sur ses jambes en me toisant de côté. Elle le repoussa gentiment et s’aperçut, tout de suite après, des poils clairs que le chat lui avait gentiment collés sur son pantalon foncé. Elle marmonna quelque chose, se leva et s’empressa d’aller demander à mon frère un rouleau d’adhésif pour vêtements. Ma mère arriva à son tour. J’étais épaté de la voir aussi élégante malgré le foulard qui cachait ses cheveux et les lunettes noires qui couvraient son regard. Son tailleur jupe sombre était du plus bel effet. Elle ressemblait à l’une de ces stars hollywoodiennes des années soixante. Décidément, je me faisais plus l’effet de quelqu’un qui va recevoir un prix plutôt que d’un mort auquel on allait dire au revoir.

Marco et Ava rejoignirent enfin ma mère tandis que mon père avança la voiture dans l’allée juste devant la maison. Ava et ma mère s’en allèrent prendre place à l’arrière du véhicule pendant que mon frère ferma la porte de la maison à clef. Mon père sortit ensuite de la voiture pour aller s’asseoir sur le siège passager et laisser le soin à mon frère de conduire tout ce beau monde jusqu’au funérarium. Je me dépêchai de prendre place entre ma mère et Ava à l’arrière, alors que nous démarrions.

Nous arrivâmes au funérarium. Mon frère gara la voiture et je reconnaissais déjà, à travers la vitre, ma Fanny et sa famille qui attendaient. Dire qu’il a fallu que je sois mort pour que mes parents connaissent enfin ses parents ! Je me trouvai empreint d’une soudaine frustration. Heureusement, à mon grand soulagement, les salutations se firent très chaleureuses et intenses. Ma mère et Fanny étaient toutes les deux très émues de ces retrouvailles et s’étreignirent longuement comme pour se donner du courage. D’autres membres de la famille arrivèrent à leur tour et s’empressèrent de venir dire bonjour.

  • Non ! voilà ma cousine, Émilie-la-peste !  

J’étais stupéfait. C’était bizarre de la voir étant donné qu’elle devait être la seule personne qui n’avait pas vraiment de peine.

  • Roooh, elle a mis des lunettes noires elle aussi ! Style ! Quelle hypocrite, cette harpie…

Cela m’agaçait mais je suivis ma famille qui entra dans le bâtiment. La dame en peignoir, qui dansait toute seule la dernière fois, était toujours là assise sur le banc de l’entrée. Je passai devant elle et je la saluai poliment pour lui signifier que je la voyais et qu’elle n’était pas seule dans son état. Elle me regarda et me sourit. Puis, elle m’invita à venir m’asseoir à côté d’elle une fois que chaque membre de ma famille aurait fini de me dire au revoir dans la petite salle de recueillement où mon corps avait été exposé. Je ne savais pas trop quoi penser de cette invitation ni de ses intentions mais je lui promis de venir partager un moment avec elle une fois que mon cercueil aurait été fermé. 

La petite salle était sobre. Il y avait quelques bouquets de fleurs déposés sur le sol tout autour de la pièce. Ma dépouille gisait là, dans mon costume, avec mes belles chaussures. Quelques cadres photos, retraçant des bouts de ma courte vie, avaient été déposés sur une modeste tablette à côté de ma tête. J’étais un peu déçu, je devais bien l’admettre, de constater qu’il n’y avait rien de spectaculaire dans toute cette « mise en scène ». Pour la cérémonie de star, il fallait donc patienter jusqu’à l’église. Je décidai de me positionner le plus près possible de mon cercueil et découvris les derniers mots que chaque membre de ma famille avait souhaité me confier.

Il y eut d’abord ma mère qui me dit combien elle m’aimait et à quel point elle était meurtrie de me savoir parti. Ma mère si fière qui m’avoua alors que s’il n’y avait pas eu mon frère et mon père, elle aurait tout tenté pour me rejoindre. Puis, elle déposa un léger baiser sur mon front. Elle me caressa les cheveux. Elle repositionna ma cravate et contrôla ma tenue. Et elle sortit, les yeux remplis de larmes, en me demandant de lui jurer de l’attendre aux portes du paradis. 

  • Le paradis… J’en suis loin pour le moment ma petite maman chérie. Le paradis… une utopie, oui ! 

Il y eut ensuite mon père qui me confia avoir prié mille fois Dieu de le prendre à ma place. Une prière restée sans réponse, ni effet. Il me dit qu’il lui en voulait terriblement et qu’il lui en voudrait sûrement pour tout le reste de sa vie à moins qu’il cesse de croire en lui. Mais que pour le moment, il voulait continuer d’y croire parce qu’il avait besoin d’un défouloir et qu’il valait mieux qu’il soit en colère après le Seigneur que moi pour avoir raté une simple marche d’escalier. Il me dit aussi tout l’amour qu’il me portait depuis ma naissance et l’immense fierté qu’il avait d’avoir eu un fils aîné comme moi. Il posa enfin sa main sur mon cœur et sortit. 

A ce stade, je n’en menai pas large. Un sentiment de vide m’envahissait de plus en plus et me donnait l’impression d’une totale déconnexion du monde des vivants. C’était comme si je ne faisais plus partie du film de la vie mais que je le regardais derrière un écran. Mon père et ma mère venaient de me dire au revoir. Mais non ! Moi, je ne voulais pas leur dire au revoir… 

  • Ne partez pas, je vous en prie ! Je suis toujours là. Ne m’abandonnez pas…

Je ne réussis pas à pleurer car depuis que j’étais décédé, mes larmes ne coulaient plus. C’est comme si j’étais fendu en deux, déchiré, le cœur en miette, mais que rien ne voulait sortir. Comme si, ça ne marchait plus.

Marco entra dans la pièce à son tour. Il fixa mon visage sans vie pendant une bonne minute d’un air complètement sidéré. Il ne m’avait, en effet, pas revu depuis notre dernier réveillon de Noël passé ensemble, avec mes parents. Il fronça les sourcils et serra les dents. Puis, Il me traita de « salopard » ! Il me qualifia de lâche pour l’avoir laissé « fils unique ». Il m’accabla de reproches totalement insensés. Il m’accusa de lui avoir collé la nausée depuis mon décès. Il se plaignit d’être perdu et effrayé comme la fois où il s’était paumé enfant dans un supermarché. Puis, il tapa sur mon bras. Il me demanda de réagir et de ne pas lui infliger cela. Enfin, il s’effondra sur moi quand sa femme pénétra dans la pièce. Elle le releva et le prit dans ses bras pendant qu’il sanglotait devant moi. Marco se retourna alors vers ma dépouille et trouva le courage de lui adresser les derniers mots d’un cadet soudain conscient de la responsabilité qui lui incombait de reprendre le flambeau. 

  • Ciao frérot ! T’as intérêt à m’attendre avec l’apéro là-haut parce que va falloir te faire pardonner tout ça quand mon tour viendra.  

Il sortit avant Ava qui s’approcha de mon corps et me chuchota qu’elle aurait adoré mieux me connaître. Puis, elle me fit la promesse de veiller sur mon frère aussi longtemps qu’elle vivra. 

Jamais, j’aurais cru que ce serait aussi difficile. Jamais. Les mots de mon frère, sa douleur, celle de mes parents, c’était comme une claque. C’était trop. Je n’en voulais pas. Et puis, j’étais toujours là. J’étais bel et bien là ! Je ne comprenais rien à tout ça. Pourquoi… Et pourquoi moi ? Ça ne pouvait pas se terminer comme ça. 

Fanny fit ensuite son entrée. Elle s’approcha doucement de la table. Elle posa sa main sur ma jambe et la retira presque aussitôt. Elle regarda mes paupières closes, intensément, puis elle baissa les yeux. Ses yeux de jade, ce regard si magnifique et si précieux qui me faisait fondre en moins d’une seconde. Je l’entendis alors murmurer ses adieux. Adieu à nos projets, adieu à nos rêves, adieu à notre couple, adieu à nous deux. Elle promit de ne jamais m’oublier et balbutia aussi que j’allais lui manquer. Terriblement. Elle me dit qu’elle m’aimait. Et la chose qui me brisa complètement, ces mots insensés qui pénétrèrent en moi comme des poignards acérés, elle me demanda pardon pour la vie qu’elle allait devoir mener sans moi et jusqu’à son dernier souffle désormais. Elle m’implora de lui pardonner de devoir « continuer ». Continuer ! Je me répétai ce mot, désemparé, car il m’était impossible de l’intégrer. Et quand elle eut enfin terminé, elle leva les yeux vers moi, le visage grave et les lèvres tremblantes. Elle déposa un baiser au creux de sa main qu’elle posa ensuite sur ma joue froide et inanimée. Puis, elle sortit après avoir remis ses lunettes de soleil pour masquer les larmes qui coulaient. 

Tout juste après le départ de Fanny, mes jambes commencèrent à fléchir. J’aurais reçu un coup de poing à l’estomac que j’aurais eu moins mal que ce que je pouvais ressentir à cet instant précis. J’étais tellement abasourdi, tellement choqué de tout ceci que je n’avais pas vu la cousine Émilie rentrer dans la pièce jusqu’à ce qu’elle ose parler.

Alors que j’étais arrivé au bout de moi-même, et de ce que je pouvais endurer, cette dernière me demanda aussi pardon ! Oui, pardon ! Pardon pour avoir été si « méchante » avec moi, pardon pour m’avoir fait du tort plus d’une fois, pardon pour n’avoir pas su me dire ce qui n’allait pas depuis la fameuse journée d’anniversaire où les hostilités avaient démarré… Car en secret et depuis toute petite, elle m’aimait. Moi, son cousin, elle m’aimait ! Aussi, lorsqu’elle m’invita chez elle en plus de ses copines, le jour de ses douze ans et qu’elle me surprit en train de rigoler avec l’une d’entre elles, elle fut piquée de jalousie. Elle fit tomber un vase en cristal dans mon dos et m’accusa aussitôt d’en être responsable afin de m’attirer la colère de ses parents qui m’avaient, bien sûr, puni. Elle m’avoua ensuite avoir regretté son geste mais ne pas avoir trouvé le courage d’être honnête avec moi en m’avouant tout ceci. Puis, elle se mit à pleurer à chaudes larmes avec des hoquets incontrôlés tant et si bien que ma tante vint la soutenir et l’aider à sortir. C’était le bouquet !

  • Waouh. Stop ! Faut que je sorte ! 

Je me relevai et me dirigeai vers le hall d’entrée du funérarium quand je vis la femme en peignoir qui m’attendait sur son banc. Je ne sais pas pourquoi mais je m’assis à côté d’elle presque machinalement alors que je n’étais absolument pas en état de lui adresser quelques mots que ce soit. Elle me sourit alors presque tendrement. Comme une maman l’aurait fait pour son enfant. Elle me fit signe de jeter un œil à la petite salle de recueillement que je venais de quitter et me dit simplement qu’un homme, sans doute mon oncle, venait d’y entrer et que j’allais louper ses dernières paroles. Et puis, elle ajouta, d’un ton guilleret, que je n’étais pas le seul à réagir comme ça. Elle m’avoua que « tout le monde » quittait la salle avant la fin des témoignages et dernières pensées. Tout le monde…

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 4

Bonsoir à toutes et tous,

Voici le 4e chapitre de mon roman « Après la vie ». Je profite de cette publication pour vous montrer une ébauche de couverture que j’ai voulue à la fois sombre et lumineuse… La lumière au milieu de l’obscurité. Je pense que cette couverture fonctionnera bien avec la fin de mon histoire… vous verrez. Et puis, un feu d’artifice c’est aussi un spectacle de lumières beau et de joyeux que l’on regarde à plusieurs, qui nous lie et nous procure une étincelle de bonheur. 😉

Bonne soirée et bonne lecture.

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 4 – LES PRÉPARATIFS

Nous étions à la veille de mes funérailles. Cela faisait quatre jours que j’étais chez mes parents. J’avais entendu ma mère et mon père passer tous les coups de fil au funérarium, au journal local, au traiteur, aux amis, à la famille, à la gardienne de mon immeuble, au fleuriste et plus encore. Mon frère devait bientôt arriver avec sa jeune épouse. J’avais hâte de le voir. « Sacré Marco ! Et dire qu’il s’était casé avant moi alors que c’était le plus instable de nous deux. Je devais me l’avouer à moi-même, j’étais légèrement envieux. J’avais vu la voisine aussi et puis la femme de ménage… Toutes deux avaient proposé à ma mère de l’aider pour des courses ou des formalités. Mais cette dernière avait poliment refusé. Ma mère et sa fierté légendaire, c’était toute une histoire. Une italienne qui n’avait pas que le nom de son lieu de naissance marqué sur sa carte d’identité. Une romaine qui portait ses origines jusque dans ses veines, dans son âme même. Toujours très droite, le port de tête haute, le style vestimentaire soigné, un brin sophistiqué, les cheveux impeccablement attachés et un caractère bien trempé, ma mère ne laissait jamais personne indifférent. Soit on l’admirait, soit on l’enviait. Mais surtout, on la respectait. 

Il y avait aussi Titus, notre vieux crouton de chat, glouton et paresseux. Eh bien, il me voyait, lui ! Ce n’était pas banal ça. Il me fixait avec une intensité telle que cela en devenait presque insupportable. J’avais donc essayé de le titiller pour le faire miauler en la présence de mes parents, pour communiquer avec eux, leur indiquer ma présence… Mais cet idiot de Titus avait, à peine, sourcillé. Et, quand la nuit venue, mes parents étaient allés se coucher, il était resté près de moi tout le temps, me suivant partout dans la maison et miaulant à chaque fois que je décidai de changer d’endroit.

  • Abruti de chat !

Franchement, si les chats nous voyaient, nous autres les morts, je me demandais bien pourquoi. Et surtout, à quoi il servait, celui-là. Puis, chose assez drôle, j’avais revu Clarisse ! La vieille bonne femme qui habitait en face de chez mes parents et qui était morte l’an dernier. Depuis son décès, j’avais cru comprendre que ses héritiers se disputaient sa maison. En attendant, elle errait toute seule dans le quartier à la recherche de son petit chien qui avait été confié aux bons soins d’une de ses amies d’après la rumeur. Elle n’avait pas fini de le chercher, la pauvre ! J’avais pourtant essayé de lui dire qu’elle était morte tout comme moi. Et qu’elle devait abandonner l’idée de retrouver sa petite bête… Elle m’avait carrément engueulé ! Elle m’avait traité de vaurien et m’avait invité à déballer mes sornettes aux gens débiles que je fréquentais. Puis, elle avait poursuivi son chemin. Pauvre femme… Ou pas si pauvre après tout ! Je me demandais, en effet, si ce n’était pas mieux de ne pas savoir qu’on était mort. Moi j’avais compris que c’était fini et depuis je n’avais de cesse que de m’interroger sur le sens de tout ceci.

Mon frère était en train de se garer dans l’allée. Ma mère et mon père l’attendaient sur le perron. Marco, frérot ! J’étais impatient de le revoir à nouveau. Sa femme, Ava, sortit de la voiture suivie de près par mon frère. Ils avaient grises mines tous les deux. Ma mère embrassa mon frère en premier et ce dernier la serra dans ses bras les yeux remplis de larmes. Mon père embrassa Ava. Malgré ses yeux rougis, je la trouvai plus jolie que le jour de leur mariage. Sacré Marco ! C’est qu’il avait bon goût le bougre ! Presque autant que moi. Parce que ma Fanny, elle, c’était le genre de beauté qui vous laissait le souffle coupé. Bordélique ma Fanny, mais belle à tomber. En pensant cela, je sentis le manque et son souvenir s’emparer de moi.

Ils rentrèrent dans la maison. Ma mère leur proposa d’aller s’installer dans la chambre de mon frère pendant qu’elle irait préparer le café. L’ambiance n’était pas aussi joyeuse que ce que j’avais espéré comme au temps des retrouvailles pour nos anniversaires ou les fêtes de fin d’années. Qu’est-ce que je croyais ! Ils venaient pour mes funérailles et non pas pour se raconter des blagues autour d’une tasse de thé. Je réalisais alors à quel point mon décès avait tout changé. Ma famille ne serait plus jamais la même désormais. 

Marco redescendit le premier. Il alla rejoindre mes parents attablés dans la salle à manger. Ma mère lui servit une tasse de café et mon père lui demanda s’ils avaient bien voyagé. Mon frère habitait Lausanne avec sa femme qui était suisse d’ailleurs. Ils louaient un petit appartement coquet dans le quartier de la cathédrale non loin de l’appartement des parents d’Ava. Ils étaient heureux d’après les dernières nouvelles que ma mère m’avait données d’eux. Ils voyageaient ensemble souvent et mordaient la vie à pleines dents. C’était bien. J’étais content pour eux. Marco répondit à mon père que tout s’était bien passé. Et puis, un silence lourd et chargé s’installa au milieu d’eux. Marco voulut rompre le silence en parlant le premier. Mais au lieu de cela, il laissa échapper un sanglot bruyant et incontrôlé. Entre deux respirations, il réussit, quand même, à prononcer quelques mots.

  • Je n’y arrive pas, désolé. Je n’arrive pas à l’accepter.

Ma mère et mon père lui prirent, chacun, une main. Et ma mère sanglota à son tour. Mon père alla chercher une boîte de mouchoirs et leur en distribua tour à tour. Puis, il commença à expliquer le déroulement de la journée de mon enterrement. Ma mère demanda à mon frère s’il pourrait rester à leur côté tout le temps. Elle lui parla des personnes de la famille qui seraient présentes, de leurs amis, de Fanny et de sa famille aussi. Elle demanda à mon frère s’il avait pu contacter tous mes amis. Marco lui répondit qu’il avait annoncé mon décès ainsi que mes funérailles sur ma page Weblook considérant que tous mes potes y étaient connectés. Et, il avait raison le frérot. L’information avait ainsi vite circulé. D’après Marco, il y avait beaucoup de gens qui s’étaient exprimés sur ma page et qui avaient répondu présents pour le jour de mon enterrement. Il sortit son mobile de sa poche arrière de jean et montra à mon père les multiples commentaires que mes contacts avaient postés sur mon compte. C’était une agréable surprise pour moi que de découvrir les posts de tous ces gens. J’étais assez satisfait de constater que mon décès avait suscité autant de délicates attentions. Je commençais à compter les messages par-dessus l’épaule de mon frère, quand mon père l’interrogea.

  • Qu’est-ce que ça veut dire « rip » ?
  • Rest in Peace, papa ! Repose en paix, si tu préfères.
  • Ah ! Mais pourquoi ces personnes lui écrivent en anglais ?
  • C’est du langage communautaire papa. Faut pas chercher à comprendre. On dit comme ça sur Internet.

Mon père semblait dubitatif mais il acquiesça. 

  • J’ai cru que ces gens faisaient allusion à sa chute dans l’escalier. Que son pied avait « ripé » sur une marche ou quelque chose comme ça. « Rip », ça ne fait pas très solennel. « Rip ! » Quelle drôle d’expression !

Mon frère esquissa enfin un sourire alors qu’Ava faisait son entrée dans la salle à manger. Ma mère lui servit une tasse de café dont elle s’empressa de boire une gorgée. Marco proposa de ne prendre qu’une seule voiture demain et de conduire ainsi tout le monde. Mon père hésita mais finit par accepter. Il sera moins difficile de se garer d’autant plus si le parking est complet. Titus sauta sur la table à ce moment-là et Marco le caressa. Je tentais aussitôt quelques grimaces et gesticulations pour déclencher une réaction de la part du chat mais ce gros idiot de patachon m’ignora. Je commençais alors à désespérer que personne ne sache que j’étais toujours là.

(à suivre…)

[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 3

Bonsoir tout le monde !

Avant de vous livrer le chapitre 3, je voudrais répondre à certain.e.s d’entre vous qui m’ont demandé où et comment se procurer l’intégralité de l’histoire. Alors, je suis en train d’étudier les plateformes d’édition en ligne et n’ai pas encore fait mon choix. Mais dès que j’aurai avancé dans mes démarches, je vous tiendrai au courant. 😉

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture à la découverte de Leonardo et ses proches.

Ah, j’allais oublié… Pour écrire, j’ai besoin de visualiser. Aussi, lorsque j’ai imaginé Leonardo, j’ai pensé à un acteur qui pourrait bien le représenter. Je vous invite à cliquer ici pour découvrir l’heureux élu qui m’a inspirée. 😉

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 3 – LES AUTRES

Ils s’arrêtèrent d’abord aux pompes funèbres. Ils sortirent de la voiture avec mes affaires et partirent les déposer dans une salle que la dame de l’accueil leur avait indiquée. Ma mère lui avait ensuite demandé à me voir. La dame avait donc conduit mes parents jusqu’à la chambre réfrigérée. J’allais enfin retrouver mon corps. Je ne savais pas encore ce que je devais en penser mais la curiosité était tellement forte qu’elle me poussa jusqu’à cette table où l’on m’avait allongé. 

Je me découvris donc mort. Je n’arrivais pas à définir si mon teint était gris ou juste terne. Mais, j’arrivais tout de même à me reconnaître. C’était bizarre comme sensation. J’étais là, debout, bien « vivant » et en même temps, j’étais allongé, immobile et muet. Bonjour l’effet ! On aurait dit que mon corps n’était plus qu’une coquille vide sans chaleur. Ma mère regardait aussi ce corps. Elle n’avait pas l’air bien. Elle alla s’asseoir un peu plus loin et je la vis verser des larmes d’incompréhension et de douleur. Ma petite maman. Si fière et pourtant si fragile à cet instant, devant le corps vide de son enfant. Ce déferlement de peine m’affecta si intensément que je tentai vainement de la réconforter en lui adressant quelques mots. 

  • Mais je suis toujours là, maman ! Ne pleure pas ! Je t’en prie, maman. Ne renonce pas.

Comme chacun s’était un peu éloigné de ma dépouille, je décidai de tenter une expérience. Je montai sur la table et m’allongeai dans la même position que mon corps. J’essayai de me glisser à l’intérieur et de reconnecter « la machine ». C’était bon, j’étais allongé et calé dans la même position. Mais comment fallait-il que je m’y prenne pour rebrancher les circuits, maintenant ? Hein, comment ? Je réfléchis et tentais encore la colère… 

  • Allez Carl, assume donc que t’es qu’un type naze… Hein, espèce de gros naze. Un minable mais bien naze ! Un vrai naze, HYPER NAZE ! 

Bon, ça ne marchait pas. Ça ne devait pas être comme ça. Je me concentrai à nouveau quand une nouvelle idée me traversa l’esprit. C’était avec l’amour que l’on créait la vie, alors ça devait être l’amour le moteur. Je réalisai cela confus et soudainement inspiré. Je tentai alors un nouvel essai.

  • Fanny ma chérie, je t’aimerai toujours, tu sais. Et puis, mes parents aussi. Mon frère aussi. Et puis mes potes ! Enfin, non pas Thomas. Celui-là, c’est le seul qui ne me manquera pas. Et j’aimerai aussi mes futurs neveux ou nièces. Bon sauf, s’ils deviennent des crétins finis comme ma cousine Émilie. Quelle mauvaise, celle-ci ! Et dire qu’elle a volontairement cassé le vase en cristal de ses parents, le jour de ses douze ans, juste pour avoir le plaisir de me voir me faire engueuler à sa place ! Quelle peste ! Raaah ! Mais bon sang, tu vas te connecter toi !

Je n’y arrivais pas. Ça ne marchait pas. Je me rassis mais mon enveloppe terrestre ne bougea pas. De toute façon, vu son état, j’aurais eu l’air de quoi ! D’une espèce de Franckenstein avec les cicatrices en moins ? Ah bah, ça aurait sûrement fini d’achever ma mère, ça tient ! Je décidai donc de laisser tomber et me résignai à abandonner ma dépouille aux mains du personnel de l’établissement. 

  • Salut toi ! C’était bien d’être toi. Trop court, mais bien. Mais, quand même vraiment très court…

Mes parents sortirent de la pièce. Ils échangèrent quelques mots avec la dame de l’accueil qui les avait accompagnés pendant que j’observais une autre famille se diriger vers la chambre réfrigérée suivie de près par un vieux monsieur agité. Celui-ci tentait en vain de leur parler mais aucun des membres de cette famille ne lui répondait. Il pestait, il grondait, mais rien n’y faisait. Et puis, il y avait cette femme en peignoir, assise sur un banc, dans le hall de l’entrée, qui était déjà présente, à notre arrivée. Elle s’était levée et dansait toute seule au son de la musique qui émanait, semble-t-il, d’une salle de recueillement à côté. Il y avait aussi cet adolescent craintif, en blouse d’hôpital, qui se cachait au bout du couloir. Il observait le hall d’entrée comme s’il guettait l’arrivée de quelqu’un. Et dès que je jetai un coup d’œil dans sa direction, il disparaissait dans l’ombre du couloir, sans doute effrayé par la vue d’un étranger qui pouvait le voir. Ils étaient tous les trois morts, c’était sûr. Et peut-être même qu’ils l’ignoraient encore. 

Mes parents remontèrent ensuite dans leur voiture. Je pris place à l’arrière et mon père nous conduisit à la maison que mes parents avaient achetée à Vaucresson lorsque j’avais deux ans, une charmante demeure où mon frère et moi avions vécu toute notre enfance. 

Mon père déposa d’abord ma mère devant la porte de la maison. Il dirigea, ensuite, la voiture vers le garage au bout de l’allée. Je restai avec lui tout en admirant, à travers les vitres du véhicule, les magnifiques fleurs tout juste écloses dans le jardin tout autour. Je le regardai actionner la télécommande qui ouvrait la porte du garage, rentrer la voiture, couper le moteur, serrer le frein à main, retirer la clé et déboucler sa ceinture de sécurité. Puis, il ne bougea plus. Il resta assis, les portes fermées, le regard fixé sur le tableau de bord face à lui. Je m’avançai pour voir ce qu’il regardait mais je ne repérai rien de particulier. Étonné, je me tournai alors vers lui et je compris. Il pleurait.

Nous restâmes dans la voiture au moins pendant vingt bonnes minutes. Vingt longues minutes où je vis mon père pleurer. C’était la deuxième fois que je le voyais dans cet état. La première fois, c’était quand Mamé avait rendu son dernier souffle. Cela m’avait profondément marqué à l’époque. Mon frère et moi n’avions jamais pu oublier ce moment-là. Notre père avait toujours été fort face aux épreuves qui avaient touché notre famille. Le voir aussi ébranlé par la disparition de Mamé, ça nous avait bouleversés. Par pudeur et aussi par respect pour lui, mon frère et moi n’en avions plus jamais parlé. Nous n’avions plus jamais osé prononcer même le nom de « Mamé » en sa présence. Mais cette fois-ci, il s’agissait de moi. Mon père pleurait pour moi. J’étais paralysé, complètement désemparé et je ne pouvais rien faire d’autre que de rester là à attendre. J’attendais qu’il aille mieux. Alors, moi aussi j’irai mieux.

(à suivre…)