[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 5

Bonsoir à toutes et tous,

Voici le chapitre 5. Pour accompagner la publication de ce chapitre, j’ai décidé de vous montrer à quelle actrice j’ai pensé pour représenter le personnage de Fanny. Pour la découvrir, cliquez ici. Alors, intéressant n’est-ce-pas ! 😉

Je vous souhaite une bonne lecture et une belle soirée. ❤

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 5 – LES ADIEUX

On y était, c’était le grand jour. Je n’étais pas du tout prêt. C’était très étrange car on aurait dit que j’allais me marier. Tout le monde s’apprêtait et courait partout dans la maison. Ma mère cherchait son foulard et ses lunettes noires et mon frère voulait cirer ses chaussures. Bon sang, j’avais la pression ! C’est dingue, mais j’avais vraiment la pression. C’était comme si j’allais monter sur scène et donner le spectacle de ma vie. Sauf que je ne contrôlais rien. On sonna à la porte. C’était un livreur qui venait déposer quelques beaux bouquets à mon nom. Je voulais lire le nom des expéditeurs dans les enveloppes mais mon père, qui était prêt depuis un quart d’heure, saisit les fleurs et s’empressa d’aller les déposer dans le coffre de la voiture. 

Ava descendit du premier. Comme elle était prête, elle s’assit sur un fauteuil dans l’entrée. Titus vint alors se frotter contre ses jambes en me toisant de côté. Elle le repoussa gentiment et s’aperçut, tout de suite après, des poils clairs que le chat lui avait gentiment collés sur son pantalon foncé. Elle marmonna quelque chose, se leva et s’empressa d’aller demander à mon frère un rouleau d’adhésif pour vêtements. Ma mère arriva à son tour. J’étais épaté de la voir aussi élégante malgré le foulard qui cachait ses cheveux et les lunettes noires qui couvraient son regard. Son tailleur jupe sombre était du plus bel effet. Elle ressemblait à l’une de ces stars hollywoodiennes des années soixante. Décidément, je me faisais plus l’effet de quelqu’un qui va recevoir un prix plutôt que d’un mort auquel on allait dire au revoir.

Marco et Ava rejoignirent enfin ma mère tandis que mon père avança la voiture dans l’allée juste devant la maison. Ava et ma mère s’en allèrent prendre place à l’arrière du véhicule pendant que mon frère fermait la porte de la maison à clef. Mon père sortit ensuite de la voiture pour aller s’asseoir sur le siège passager et laisser le soin à mon frère de conduire tout ce beau monde jusqu’au funérarium. Je me dépêchai de prendre place entre ma mère et Ava à l’arrière, alors que nous démarrions.

Nous arrivâmes au funérarium. Mon frère gara la voiture et je reconnus déjà, à travers la vitre, ma Fanny et sa famille qui attendaient. Dire qu’il a fallu que je sois mort pour que mes parents connaissent enfin ses parents ! Je me trouvai empreint d’une soudaine frustration. Heureusement, à mon grand soulagement, les salutations se firent très chaleureuses et intenses. Ma mère et Fanny étaient toutes les deux très émues de ces retrouvailles et s’étreignirent longuement comme pour se donner du courage. D’autres membres de la famille arrivèrent à leur tour et s’empressèrent de venir dire bonjour. 

  • Non ! Voilà ma cousine, Émilie-la-peste ! 

J’étais stupéfait. C’était bizarre de la voir étant donné qu’elle devait être la seule personne qui n’avait pas vraiment de peine. 

  • Roooh, elle a mis des lunettes noires elle aussi ! Style ! Quelle hypocrite, cette harpie… 

Cela m’agaçait mais je suivis ma famille qui entra dans le bâtiment. La dame en peignoir, qui dansait toute seule la dernière fois, était toujours là assise sur le banc de l’entrée. Je passai devant elle et je la saluai poliment pour lui signifier que je la voyais et qu’elle n’était pas seule dans son état. Elle me regarda et me sourit. Puis, elle m’invita à venir m’asseoir à côté d’elle une fois que chaque membre de ma famille aurait fini de me dire au revoir dans la petite salle de recueillement où mon corps avait été exposé. Je ne savais pas trop quoi penser de cette invitation ni de ses intentions mais je lui promis de venir partager un moment avec elle une fois que mon cercueil aurait été fermé. 

La petite salle était sobre. Il y avait quelques bouquets de fleurs déposés sur le sol tout autour de la pièce. Ma dépouille, revêtue de mon costume et de mes belles chaussures, gisait dans un cercueil en bois foncé aux poignées dorées posé sur une table recouverte d’un tissu drapé. Quelques cadres photos, retraçant des bouts de ma courte vie, avaient été déposés sur une modeste tablette à côté de ma tête. J’étais un peu déçu, je devais bien l’admettre, de constater qu’il n’y avait rien de spectaculaire dans toute cette « mise en scène ». Pour la cérémonie de star, il fallait donc patienter jusqu’à l’église. Je décidai de me positionner le plus près possible de mon cercueil et découvris les derniers mots que chaque membre de ma famille avait souhaité me confier.

Il y eut d’abord ma mère qui me dit combien elle m’aimait et à quel point elle était meurtrie de me savoir parti. Ma mère si fière qui m’avoua que s’il n’y avait pas eu mon frère et mon père, elle aurait tout tenté pour me rejoindre. Puis, elle déposa un léger baiser sur mon front. Elle me caressa les cheveux. Elle repositionna ma cravate et contrôla ma tenue. Et elle sortit, les yeux remplis de larmes, en me demandant de lui jurer de l’attendre aux portes du paradis. 

  • Le paradis… J’en suis loin pour le moment ma petite maman chérie. Le paradis… une utopie, oui ! 

Il y eut ensuite mon père qui me confia avoir prié mille fois Dieu de le prendre à ma place. Une prière restée sans réponse, ni effet. Il me dit qu’il lui en voulait terriblement et qu’il lui en voudrait sûrement pour tout le reste de sa vie à moins qu’il cesse de croire en lui. Mais que pour le moment, il voulait continuer d’y croire parce qu’il avait besoin d’un défouloir et qu’il valait mieux qu’il soit en colère après le Seigneur que moi pour avoir raté une simple marche d’escalier. Il me dit aussi tout l’amour qu’il me portait depuis ma naissance et l’immense fierté qu’il avait d’avoir eu un fils aîné comme moi. Il posa enfin sa main sur mon cœur et sortit. 

A ce stade, je n’en menai pas large. Un sentiment de vide m’envahissait de plus en plus et me donnait l’impression d’une totale déconnexion du monde des vivants. C’était comme si je ne faisais plus partie du film de la vie mais que je le regardais derrière un écran. Mon père et ma mère venaient de me dire au revoir. Mais non ! Moi, je ne voulais pas leur dire au revoir… 

  • Ne partez pas, je vous en prie ! Je suis toujours là. Ne m’abandonnez pas…

Je ne réussis pas à pleurer car depuis que j’étais décédé, mes larmes ne coulaient plus. C’est comme si j’étais fendu en deux, déchiré, le cœur en miette, mais que rien ne voulait sortir. Comme si ça ne marchait plus.

Marco entra dans la pièce à son tour. Il fixa mon visage sans vie pendant une bonne minute d’un air complètement sidéré. Il ne m’avait, en effet, pas revu depuis notre dernier réveillon de Noël passé ensemble, avec mes parents. Il fronça les sourcils et serra les dents. Puis, Il me traita de « salopard » ! Il me qualifia de lâche pour l’avoir laissé « fils unique ». Il m’accabla de reproches totalement insensés. Il m’accusa de lui avoir collé la nausée depuis mon décès. Il se plaignit d’être perdu et effrayé comme la fois où il s’était paumé enfant dans un supermarché. Puis, il tapa sur mon bras. Il me demanda de réagir et de ne pas lui infliger cela. Enfin, il s’effondra sur moi quand sa femme pénétra dans la pièce. Elle le releva et le prit dans ses bras pendant qu’il sanglotait devant moi. Marco se retourna alors vers ma dépouille et trouva le courage de lui adresser les derniers mots d’un cadet soudain conscient de la responsabilité qui lui incombait de reprendre le flambeau. 

  • Ciao frérot ! T’as intérêt à m’attendre avec l’apéro là-haut parce que va falloir te faire pardonner tout ça quand mon tour viendra.  

Il sortit avant Ava qui s’approcha de mon corps et me chuchota qu’elle aurait adoré mieux me connaître. Puis, elle me fit la promesse de veiller sur mon frère aussi longtemps qu’elle vivrait. 

Jamais, j’aurais cru que ce serait aussi difficile. Jamais. Les mots de mon frère, sa douleur, celle de mes parents, c’était comme une claque. C’était trop. Je n’en voulais pas. Et puis, j’étais toujours avec eux. J’étais bel et bien présent ! Je ne comprenais rien à tout ça. Pourquoi… Et pourquoi moi ? Ça ne pouvait pas se terminer comme ça. 

Fanny fit ensuite son entrée. Elle s’approcha doucement du cercueil. Elle posa sa main sur ma jambe et la retira presque aussitôt. Elle regarda mes paupières closes, intensément, puis elle baissa les yeux. Ses yeux de jade, ce regard si magnifique et si précieux qui me faisait fondre en moins d’une seconde. Je l’entendis alors murmurer ses adieux. Adieu à nos projets, adieu à nos rêves, adieu à notre couple, adieu à nous deux. Elle promit de ne jamais m’oublier et balbutia aussi que j’allais lui manquer. Terriblement. Elle me dit qu’elle m’aimait. Et la chose qui me brisa complètement, ces mots insensés qui pénétrèrent en moi comme des poignards acérés, elle me demanda pardon pour la vie qu’elle allait devoir mener sans moi et jusqu’à son dernier souffle désormais. Elle m’implora de lui pardonner de devoir « continuer ». Continuer ! Je me répétai ce mot, désemparé, car il m’était impossible de l’intégrer. Et quand elle eut enfin terminé, elle leva les yeux vers moi, le visage grave et les lèvres tremblantes. Elle déposa un baiser au creux de sa main qu’elle posa ensuite sur ma joue froide et inanimée. Puis, elle sortit après avoir remis ses lunettes de soleil pour masquer les larmes qui coulaient. 

Tout juste après le départ de Fanny, mes jambes commencèrent à fléchir. J’aurais reçu un coup de poing à l’estomac que j’aurais eu moins mal que ce que je pouvais ressentir à cet instant précis. J’étais tellement abasourdi, tellement choqué de tout ceci que je n’avais pas vu la cousine Émilie rentrer dans la pièce jusqu’à ce qu’elle ose parler.

Alors que j’étais arrivé au bout de moi-même, et de ce que je pouvais endurer, cette dernière me demanda aussi pardon ! Oui, pardon ! Pardon pour avoir été si « méchante » avec moi, pardon pour m’avoir fait du tort plus d’une fois, pardon pour n’avoir pas su me dire ce qui n’allait pas depuis la fameuse journée d’anniversaire où les hostilités avaient démarré… Car en secret et depuis toute petite, elle m’aimait. Moi, son cousin, elle m’aimait ! Aussi, lorsqu’elle m’invita chez elle en plus de ses copines, le jour de ses douze ans et qu’elle me surprit en train de rigoler avec l’une d’entre elles, elle fut piquée de jalousie. Elle fit tomber un vase en cristal dans mon dos et m’accusa aussitôt d’en être responsable afin de m’attirer la colère de ses parents qui m’avaient, bien sûr, puni. Elle m’avoua ensuite avoir regretté son geste mais ne pas avoir trouvé le courage d’être honnête avec moi en m’avouant tout ceci. Puis, elle se mit à pleurer à chaudes larmes avec des hoquets incontrôlés tant et si bien que ma tante vint la soutenir et l’aider à sortir. C’était le bouquet !

  • Waouh. Stop ! Faut que je sorte ! 

Je me relevai et me dirigeai vers le hall d’entrée du funérarium quand je vis la femme en peignoir qui m’attendait sur son banc. Je ne sais pas pourquoi mais je m’assis à côté d’elle presque machinalement alors que je n’étais absolument pas en état de lui adresser la parole. Elle me sourit alors presque tendrement. Comme une maman l’aurait fait pour son enfant. Elle me fit signe de jeter un œil à la petite salle de recueillement que je venais de quitter et me dit simplement qu’un homme, sans doute mon oncle, venait d’y entrer et que j’allais louper ses dernières paroles. Et puis, elle ajouta, d’un ton guilleret, que je n’étais pas le seul à réagir comme ça. Elle m’avoua que « tout le monde » quittait la salle avant la fin des témoignages et dernières pensées. Tout le monde…

(à suivre…)