[LECTURE] Mon premier roman « Après la vie », chapitre 4

Bonsoir à toutes et tous,

Voici le 4e chapitre de mon roman « Après la vie ». Je profite de cette publication pour vous montrer une ébauche de couverture que j’ai voulue à la fois sombre et lumineuse… La lumière au milieu de l’obscurité. Je pense que cette couverture fonctionnera bien avec la fin de mon histoire… vous verrez. Et puis, un feu d’artifice c’est aussi un spectacle de lumières beau et de joyeux que l’on regarde à plusieurs, qui nous lie et nous procure une étincelle de bonheur. 😉

Bonne soirée et bonne lecture.

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– Après la vie – 

par Ombelline Robin

CHAPITRE 4 – LES PRÉPARATIFS

Nous étions à la veille de mes funérailles. Cela faisait quatre jours que j’étais chez mes parents. J’avais entendu ma mère et mon père passer tous les coups de fil au funérarium, au journal local, au traiteur, aux amis, à la famille, à la gardienne de mon immeuble, au fleuriste et plus encore. Mon frère devait bientôt arriver avec sa jeune épouse. J’avais hâte de le voir. Sacré Marco ! Et dire qu’il s’était casé avant moi alors que c’était le plus instable de nous deux. » Je devais me l’avouer à moi-même, j’étais légèrement envieux. J’avais vu la voisine aussi et puis la femme de ménage… Toutes deux avaient proposé à ma mère de l’aider pour des courses ou des formalités. Mais cette dernière avait poliment refusé. Ma mère et sa fierté légendaire, c’était toute une histoire. Une italienne qui n’avait pas que le nom de son lieu de naissance marqué sur sa carte d’identité. Une romaine qui portait ses origines jusque dans ses veines, dans son âme même. Toujours très droite, le port de tête haute, le style vestimentaire soigné, un brin sophistiqué, les cheveux impeccablement attachés et un caractère bien trempé, ma mère ne laissait jamais personne indifférent. Soit on l’admirait, soit on l’enviait. Mais surtout, on la respectait. 

Il y avait aussi Titus, notre vieux crouton de chat, glouton et paresseux. Eh bien, il me voyait, lui ! Ce n’était pas banal ça. Il me fixait avec une intensité telle que cela en devenait presque insupportable. J’avais donc essayé de le titiller pour le faire miauler en la présence de mes parents, pour communiquer avec eux, leur indiquer ma présence… Mais cet idiot de Titus avait, à peine, sourcillé. Et, quand la nuit venue, mes parents étaient allés se coucher, il était resté près de moi tout le temps, me suivant partout dans la maison et miaulant à chaque fois que je décidai de changer d’endroit. 

  • Abruti de chat ! 

Franchement, si les chats nous voyaient, nous autres les morts, je me demandais bien pourquoi. Et surtout, à quoi il servait, celui-là. Puis, chose assez drôle, j’avais revu Clarisse ! La vieille bonne femme qui habitait en face de chez mes parents et qui était morte l’an dernier. Depuis son décès, j’avais cru comprendre que ses héritiers se disputaient sa maison. En attendant, elle errait toute seule dans le quartier à la recherche de son petit chien qui avait été confié aux bons soins d’une de ses amies d’après la rumeur. Elle n’avait pas fini de le chercher, la pauvre ! J’avais pourtant essayé de lui dire qu’elle était morte tout comme moi. Et qu’elle devait abandonner l’idée de retrouver sa petite bête… Elle m’avait carrément engueulé ! Elle m’avait traité de vaurien et m’avait invité à déballer mes sornettes aux gens débiles que je fréquentais. Puis, elle avait poursuivi son chemin. Pauvre femme… Ou pas si pauvre après tout ! Je me demandais, en effet, si ce n’était pas mieux de ne pas savoir qu’on était mort. Moi j’avais compris que c’était fini et depuis je n’avais de cesse que de m’interroger sur le sens de tout ceci.

Mon frère était en train de se garer dans l’allée. Ma mère et mon père l’attendaient sur le perron.

  • Marco, frérot ! 

J’étais impatient de le revoir à nouveau. Sa femme, Ava, sortit de la voiture suivie de près par mon frère. Ils avaient grises mines tous les deux. Ma mère embrassa mon frère en premier et ce dernier la serra dans ses bras les yeux remplis de larmes. Mon père embrassa Ava. Malgré ses yeux rougis, je la trouvai plus jolie que le jour de leur mariage. Sacré Marco ! C’est qu’il avait bon goût le bougre ! Presque autant que moi. Parce que ma Fanny, elle, c’était le genre de beauté qui vous laissait le souffle coupé. Bordélique ma Fanny, mais belle à tomber. En pensant cela, je sentis le manque et son souvenir s’emparer de moi. 

Ils rentrèrent dans la maison. Ma mère leur proposa d’aller s’installer dans la chambre de mon frère pendant qu’elle irait préparer le café. L’ambiance n’était pas aussi joyeuse que ce que j’avais espéré comme au temps des retrouvailles pour nos anniversaires ou les fêtes de fin d’années. Qu’est-ce que je croyais ! Ils venaient pour mes funérailles et non pas pour se raconter des blagues autour d’une tasse de thé. Je réalisais alors à quel point mon décès avait tout changé. Ma famille ne serait plus jamais la même désormais. 

Marco redescendit le premier. Il alla rejoindre mes parents attablés dans la salle à manger. Ma mère lui servit une tasse de café et mon père lui demanda s’ils avaient bien voyagé. Mon frère habitait Lausanne avec sa femme qui était suisse d’ailleurs. Ils louaient un petit appartement coquet dans le quartier de la cathédrale non loin de l’appartement des parents d’Ava. Ils étaient heureux d’après les dernières nouvelles que ma mère m’avait données d’eux. Ils voyageaient ensemble souvent et mordaient la vie à pleines dents. C’était bien. J’étais content pour eux. Marco répondit à mon père que tout s’était bien passé. Et puis, un silence lourd et chargé s’installa au milieu d’eux. Marco voulut rompre le silence en parlant le premier. Mais au lieu de cela, il laissa échapper un sanglot bruyant et incontrôlé. Entre deux respirations, il réussit, quand même, à prononcer quelques mots.

  • Je n’y arrive pas, désolé. Je n’arrive pas à l’accepter.

Ma mère et mon père lui prirent, chacun, une main. Et ma mère sanglota à son tour. Mon père alla chercher une boîte de mouchoirs et leur en distribua tour à tour. Puis, il commença à expliquer le déroulement de la journée de mon enterrement. Ma mère demanda à mon frère s’il pourrait rester à leur côté tout le temps. Elle lui parla des personnes de la famille qui seraient présentes, de leurs amis, de Fanny et de sa famille aussi. Elle demanda à mon frère s’il avait pu contacter tous mes amis. Marco lui répondit qu’il avait annoncé mon décès ainsi que mes funérailles sur ma page Weblookconsidérant que tous mes potes y étaient connectés. Et, il avait raison le frérot. L’information avait ainsi vite circulé. D’après Marco, il y avait beaucoup de gens qui s’étaient exprimés sur ma page et qui avaient répondu présents pour le jour de mon enterrement. Il sortit son mobile de sa poche arrière de jean et montra à mon père les multiples commentaires que mes contacts avaient postés sur mon compte. C’était une agréable surprise pour moi que de découvrir les posts de tous ces gens. J’étais assez satisfait de constater que mon décès avait suscité autant de délicates attentions. Je commençais à compter les messages par-dessus l’épaule de mon frère, quand mon père l’interrogea.

  • Qu’est-ce que ça veut dire « rip » ?
  • Rest in Peace, papa ! Repose en paix, si tu préfères.
  • Ah ! Mais pourquoi ces personnes lui écrivent en anglais ?
  • C’est du langage communautaire papa. Faut pas chercher à comprendre. On dit comme ça sur Internet.

Mon père semblait dubitatif mais il acquiesça. 

  • J’ai cru que ces gens faisaient allusion à sa chute dans l’escalier. Que son pied avait « ripé » sur une marche ou quelque chose comme ça. « Rip », ça ne fait pas très solennel. « Rip ! » Quelle drôle d’expression !

Mon frère esquissa enfin un sourire alors qu’Ava faisait son entrée dans la salle à manger. Ma mère lui servit une tasse de café dont elle s’empressa de boire une gorgée. Marco proposa de ne prendre qu’une seule voiture demain et de conduire ainsi tout le monde. Mon père hésita mais finit par accepter. Il sera moins difficile de se garer d’autant plus si le parking est complet. Titus sauta sur la table à cet instant précis et Marco le caressa. Je tentais aussitôt quelques grimaces et gesticulations pour déclencher une réaction de la part du chat mais ce gros idiot de patachon m’ignora. Je commençais alors à désespérer que personne ne sache que j’étais toujours là.

(à suivre…)

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